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Notre magazine
 
Seul en pays berbère ?
Numéro 14 – 15 mars 2008  

Avec mon retour de France au Maroc, il me semble refermer un tome entier de mon existence pour ouvrir la page d'un nouveau livre, au dénouement totalement imprévisible. Mais n'est-ce pas l'essence même d'un bon ouvrage ?

Seul en pays berbère

Avec mon retour de France au Maroc, il me semble refermer un tome entier de mon existence pour ouvrir la page d'un nouveau livre, au dénouement totalement imprévisible. Mais n'est-ce pas l'essence même d'un bon ouvrage ?

De surprise en surprise : lui

Alors que le dernier lion recensé dans le Haut Atlas disparaissait dans les années quarante en même temps qu'une flore plus abondante, la désertification semble encore avoir gagné du terrain : jamais auparavant je n'avais pu observer de troupeau important de dromadaires juste au pied des montagnes ! Un spectacle totalement incongru qui va bientôt se banaliser, sans aucun doute. A quand des camélidés sur nos Terrasses de l'Atlas ???

 

Quelques jours plus tard, sur la route d'Agadir, Hafida repère et sauve une pauvre petite tortue en détresse sur la chaussée. Nous nous en occupons comme un bébé pour qu'elle puisse s'acclimater au cadre d'Afensou. Elle batifole dans notre cour intérieure : voilà un animal de compagnie fort peu incommodant. Le plaisir ne durera qu'un jour. Même pas le temps d'avoir pu lui donner un nom ! Alors que la maison est bien fermée, plus aucune trace de notre protégée. Volatilisée. Nous finissons par être ridicules à regarder à trois fois dans les mêmes recoins ou à imaginer qu'elle ait pu gravir des marches de géant. Une seule possibilité demeure : elle a été capturée par un rapace.

Cruelle analogie. En parlant de rapace, le vendeur de notre propriété à Afensou s'est encore rappelé à son bon souvenir. Pour mémoire, il m'a vendu délibérément un terrain qui finalement ne lui appartenait pas, a perçu la moitié du montant convenu mais a signé un papier attestant avoir tout reçu (ne cherchez pas à comprendre, vraiment...). Ce matin, un corbeau bien vêtu grimpe la piste d'accès à la maison. Il a affrété un camion depuis Taroudant et peste encore contre la pénibilité du trajet. Notre homme est huissier de justice et entend me remettre un avertissement du vendeur, avalisé par le Tribunal de Première Instance. Glup ! Le temps de me ressaisir, je renvoie mon bras droit Saïd s'occuper de nos clients pour n'avoir aucun intermédiaire préjudiciable. Je refuse de recevoir le courrier qui m'est adressé du fait qu'il est écrit entièrement en arabe et que je ne peux même pas constater qu'il m'est adressé nominalement. J'apostrophe le noir individu en lui réclamant la preuve de son identité. Il me tend une carte avec photo mais également en arabe. Dépité, il sort une lettre à entête du tribunal où figure son nom et son titre mais je lui objecte qu'il lui est impossible de prouver que la tête sur la carte d'identité correspond au nom et au titre sur ledit papier. Ne s'agissant pas d'une convocation d'un juge en bonne et due forme, je le renvoie à son poids lourd, pour un retour à la case départ. Le temps d'une nouvelle trêve...

Moralité ? Les rapaces attaquent quand on ne s'y attend pas, les innocents trinquent toujours, et il est toujours aussi difficile de rouler sa bosse au Maroc, désert juridique oblige. Vous me suivez encore ?

De surprise en surprise : elle

Hafida a découvert pour la première fois Marrakech. En compagnie de son chaperon de père, puisqu'il nous est impossible de voyager seuls. Après avoir essuyé plusieurs refus d'hôtels ne voulant pas abriter sous un même toit des partenaires non mariés, nous avons fini par nous présenter séparément à la réception d'un établissement plus important. Je fais entrer père et fille dans l'espace exigu de l'ascenseur pour gravir les quatre niveaux nous séparant de nos chambres respectives. Une fois la porte de la cage refermée, je les vois s'interroger mutuellement : « c'est une cabine téléphonique ? ». Impossible de décrire leur stupéfaction quand, une fois la porte rouverte, ils ont saisi qu'ils avaient changé d'étage. Jamais, ils n'avaient pris l'ascenseur et en ignoraient même jusqu'à son existence...

Alors que ma fiancée piétine, la robe retroussée, une couverture dans une grande bassine pour la laver, j'entreprends de lui montrer le fonctionnement du nouveau lave-linge. J'enfourne les vêtements, intègre la poudre et enclenche la machine. « Vrai ? cette machine va laver le linge ? » Et de contempler par le hublot les habits tourner dans l'eau et le savon... Je lui dis que le programme dure près de cent vingt minutes, que nous pourrons revenir plus tard pour voir le résultat. Elle restera les deux heures entières à regarder l'appareil travailler, sidérée...

Le gouffre est énorme. Et comment lui expliquer l'intérêt de poser la fourchette à gauche, elle qui mange exclusivement avec les mains ? Comment justifier le fait qu'un Européen ne déguste pas le cou et les intestins d'un poulet ? Comment pouvoir lui faire accepter qu'un touriste s'abstient de roter mais ne se retient pas de péter alors que c'est tout le contraire pour l'arabe ? Comment gérer le saut énorme des échelles de valeur quand un client dépense en une semaine ce que son père gagne en trois ans ? J'en passe et des meilleures...

La recherche d’un équilibre de couple

Je tends vers elle et elle tend vers moi. Chaque jour n'est qu'ajustements à l'autre. Pour ma part, le plus déroutant est qu'elle vive au jour le jour, sans se poser aucune question. Et sans jamais m'interroger sur mon passé. Je lui demande régulièrement : « Penses-tu à demain ? A quoi rêves-tu ? De quoi as-tu envie ? » « Non, rien. Ici les gens ne pensent pas à demain car on ne sait pas ce qu'il va se passer demain. » Et toc. Je me rends compte que je n'arrive pas à vivre dans le présent, toujours tourné à la fois vers les souvenirs ou regrets du passé et vers les projets innombrables d'avenir. Sans le savoir, elle me donne de sacrées leçons de bonheur.

Un frère d’une certaine trempe !

Témoin curieux de cette union inédite, mon frère Guy est venu se reposer et se défouler au creux de nos hautes montagnes alors que l'hiver a tardé à se manifester. Il en sera quitte pour trois jours de pluie continue (soit 50% des précipitations annuelles, c'est dire le bol...) et une douche naturelle en chambre : tous les toits de terre de la maison perceront suite aux intempéries ! Comme partout ailleurs dans le village...

Le soleil reprend bien vite sa place haut dans le ciel et, torse nu, Guy entreprend en vélo des ascensions et descentes pentues en plein cagnard, sous les cimes enneigées. Un cadre de toute beauté ! Grâce à l'assistance du quad ou d'un 4x4, il peut emprunter des voies inédites en alternant randonnée et VTT.

Une fois de plus va opérer la magie d'un pique-nique au bord de l'oued sous les oliviers, d'un tajine onctueux au coin de l'âtre dans l'anoual, d'une sieste dans le hamac sous le palmier. Il reviendra...

Thomas, quatre ans et complètement Hors Circuit !

Je vous présente la famille Errera, venue décompresser pendant une semaine dans notre petit paradis terrestre à Afensou. Sortie tout droit de l'agitation de Marrakech, elle n'en croyait pas ses yeux de découvrir pareil cadre dans l'arrière-pays de Taroudant. Toute l'équipe a mis les bouchées doubles pour contenter au mieux les aspirations de chacun. Maman désirait rencontrer les Berbères, Papa se réjouissait de se balader tranquillement, Michael ne rêvait que de football et Thomas avait hâte de croquer la vie à pleines dents. Qu'à cela ne tienne, nous leur avons offert un programme sur mesure, continuellement remodelé pour tenir compte des envies du moment. Les enfants s'en sont donné à cœur joie sur le quad, à dos d'âne, dans les vasques de l'oued gonflé par la fonte des neiges, auprès de l'âtre où il est permis d'alimenter le feu à qui mieux mieux ! Soulagés par notre prise en charge des enfants, les parents ont pu du coup profiter davantage du silence de l'endroit, des paysages incroyables et des randonnées adaptées à leurs souhaits. A bientôt, Michael et Thomas !

La recherche d’un équilibre financier

Au sortir de ma vie professionnelle bancaire bien rangée, mon errance m'a mené d'abord à la rédaction de récits de voyages lointains, puis à l'organisation de week-ends aventure, enfin plus sérieusement à l'offre de circuits 4x4 dans le sud marocain. Récemment, suite à l'engouement systématique de mes visiteurs pour Afensou, j'ai transformé la demeure montagnarde en maison d'hôtes atypique. Les séjours berbères prennent même désormais l'avantage sur les circuits découverte.

Derniers pas d'une mouvance qui commence à se dessiner clairement : je propose maintenant des excursions à la journée ou la demi-journée dans notre univers berbère depuis Taroudant. Les établissements hôteliers applaudissent : rares sont les attractions dans le voisinage immédiat et voici que j'avance quelques bonnes raisons de prolonger son séjour dans le coin ! Et ça marche : les gérants d'établissement se succèdent pour découvrir la féérie de l'endroit. Pire, que dis-je, mieux, nous nous lançons dans la restauration pure : notre table d'hôtes panoramique et paisible, inédite sans chaises ni couverts, séduit à tous les coups. Le simple tajine kofte aux œufs de Saïd semble avoir ici une autre saveur, le couscous berbère de Hafida continue à faire merveille, mes tajines innovants à base de fruits secs détonnent. Enfin, je commence à développer les produits dérivés (ça en jette, hein ?) : huile d'argan locale, hamelou fait maison, milk shakes et jus de fruits originaux, cave à vins marocains, séances de henné, reportages photos, ... apportent aussi un complément non négligeable.

Petit à petit, l'oiseau...

Ouais, m'enfin, reste à ne pas me briser les ailes en plein vol !

Des tennismen qui ont perdu la boule !

Le comble, non ?

A l'initiative de ma sœur, Jeff, Anita, Paul et Nathalie sont venus s'aventurer dans notre haute montagne au terme de leur stage tennistique à Agadir. Ils se souviendront encore longtemps de la grimpette pentue jusqu'au belvédère naturel sur le Haut Atlas, de la baignade en eaux vives à la gorge de Tamdousnous et du rythme endiablé de notre orchestre berbère improvisé. Mais sûr qu'ils se hâteront d'oublier les boulettes de couscous ratées au coin du feu dans l'anoual et le match de pétanque perdu contre l'équipe Hors Circuit d'Afensou. Bon, d'accord, on avait l'avantage du terrain...

Il était une fois trois frères en pays berbère

Sous le prétexte de fêter leurs anniversaires, Didier, Thierry et Richard avaient en réalité bien besoin de décompresser quelques jours dans ce bout du monde. Au-delà des longues discussions entre frères autour de l'âtre, chacun a trouvé son petit bonheur : Richard affectait particulièrement le hammam, Thierry le hamac et Didier la nuit à la belle étoile sur l'une de nos terrasses. Un séjour au ralenti et au rythme de la nature : pique-nique au bord de l'oued, ascension d'une crête panoramique, partie de cartes sous le palmier... Même sur trois jours, le dépaysement et la décompression étaient au rendez-vous!

Avis de recherche

Parce que dans votre entourage vous connaissez peut-être LA personne clé qu'il nous faut, nous lançons ce triple appel :

nous recherchons une agence de voyage acceptant, moyennant rétribution et publicité, de servir d'intermédiaire administratif pour la vente de nos circuits pour les cas où certains de nos clients aspirent à davantage de sécurité juridique et de conditions de vente à l'européenne ;

nous recherchons aussi des saisonniers disposant d'une bonne expérience de la conduite de 4x4 ou de la restauration pour passer quelques mois au Maroc logés et nourris afin de renforcer l'équipe Hors Circuit ; enfin, nous recherchons des contacts privilégiés dans la presse écrite.

A bon entendeur, salut !

Et suite au prochain numéro...

Cordialement,

Luc