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Notre magazine
 
Nouvelles d’Afensou
Numéro 9 – 31 juillet 2007  

Alors que les travaux prennent tournure pour l’aménagement de deux chambres supplémentaires avec salle de bain à ciel ouvert et âtre ainsi que de deux salles de bain privatives pour des chambres existantes, la vie dans notre propriété berbère d’Afensou devient progressivement plus paisible. L’ancien propriétaire, avec lequel nos démêlés ne sont sous doute pas finis, est de plus en plus isolé ...

Nouvelles d’Afensou

En portant plainte auprès du gouverneur de la province contre le caïd local accusé de collusion avec moi à son détriment, il s’est adressé à la mauvaise porte et l’affaire lui est revenue comme un boomerang : la propriété alentour a été classée comme appartenant à l’Etat, de sorte que ses velléités de réclamer son dû sont vaines.

A côté de cela, ce sont des scènes typiquement  montagnardes qui jalonnent mes journées dans ce bout  du monde. Une fois, c’est la chasse à un poulet échappé  du kori (étable) de notre voisin qui vient pimenter notre  fin de journée : il faudra deux heures pour l’extraire  d’un buisson épineux où il s’est empêtré. Une autre  fois, c’est notre chiot Loustic, gravement mordu ou piqué, dont il me faudra abréger ses souffrances..

Rédouane et ma sœur Paule dans les jardins d’Afensou
Enfin, la réception de notre nouveau quad vient quelque peu modifier ma vie, me permettant de me déplacer plus facilement et légèrement entre Taroudant et Afensou, donc de passer plus de temps dans notre petit coin de paradis. Embarqué à l’arrière du Defender 130, il va me permettre aussi de repérer plus aisément de nouvelles pistes dans tout le sud du Maroc.

Le contraste

Guy et Dominique sortent d’une semaine en hôtel grand confort à Agadir et nous confient la mission de leur en mettre plein la vue. Pensez qu’au sortir d’une bonne table bien dressée, je leur demande de manger par terre et avec les mains dans un plat commun ! Imaginez la transition d’une piscine nickel à un oued sauvage envahi par la végétation et souvent difficile d’accès. Ainsi la brume côtière céda la place au soleil radieux. Les ports élégants aux tenues simplissimes. L’animation de l’hôtel et de la plage à la tranquillité totale de la montagne.
On pouvait lire dans leurs regards lointains et leurs visages étonnés combien cet endroit où j’ai choisi de vivre a de magique, de relaxant, d’envoûtant.
Au menu, détente dans l’un des recoins de notre maison, mais surtout du sport : randos panoramiques sous un soleil de plomb et grandes descentes à VTT.
Et c’est là ma plus belle récompense : procurer un peu de bonheur aux gens. Enfin ai-je l’impression de faire quelque chose d’utile !
Deux commentaires de fin de séjour qui font chaud au coeur : « on peut mettre 12/10 ? » et « on a passé les plus belles vacances de notre vie ». Probablement les plus simples aussi… Là est certainement la magie.

Saïd et le policier (clin d’œil numéro 1)

Le 4x4 était garé dans le parking de l'aéroport, à un emplacement apparemment non réservé. Du moins Saïd n'avait-il vu aucun panneau d'interdiction quelconque en immobilisant le véhicule.

De retour du hall d'arrivée avec des clients, un policier s'avance vers lui et lui demande les papiers du véhicule, que Saïd s'empresse de présenter.

  • Il y a un problème ?, fait-il.
  • Vous êtes parqué sur un emplacement réservé aux voitures de location. Je dois vous dresser un procès verbal. C'est 400 dirhams.
  • Où c'est marqué que c'est interdit ici ?

Le flic lui montre un panneau devant le 4x4. Un panneau mobile... Saïd ne se rappelait pas qu'il y était, il aurait forcément dû le voir.

Plutôt que d'accuser inutilement le fonctionnaire, Saïd prend son téléphone et appelle un copain, ancien adjudant de gendarmerie, qui à l'autre bout de la ligne suit, interloqué, le déroulement de la conversation.

L'agent de police de l'aéroport, intrigué, demande à Saïd qui il appelle.

  • J'appelle mon ami le Haj (toute personne ayant fait le pèlerinage à la Mecque, généralement respectée et crainte), qui est un officier haut gradé de la police à Taroudant, ment-il.
  • Quel Haj ? je ne le connais pas celui-là.
  • Ah, si tu connais pas le Haj, tu vas apprendre à le connaître bientôt !

Changeant subitement d'attitude, le flicaillon remballe vite fait son carnet de PV et abandonne la partie. Il rendra lentement et un à un chaque papier du véhicule à notre ami, tout en maugréant intérieurement...

En me racontant cette interpellation, Saïd explique que les policiers sont entraînés à collecter procès-verbaux officiels et amendes officieuses. Ainsi raconte-t-il l'histoire d'un agent qui démarrait sa carrière dans la rue et revient bredouille au poste fin de journée. L'officier s'inquiète de l'absence de toute contravention, alors que le novice affirme qu'il n'a constaté aucune infraction. Là-dessus, l'officier l'emmène dans la rue en lui disant de regarder comment il fallait procéder. Au bout de quelques secondes à peine, il arrête le premier véhicule se présentant : un tracteur. Le fermier présente ses papiers, il est en règle. Pas d'anomalie non plus au véhicule, comme un feu ne fonctionnant pas. Sans complexe, l'officier déclare : « C'est quoi ces pneus ? Il y en a deux petits à l'avant et deux gros à l'arrière ! » Le fermier, sidéré, répond diplomatiquement que c'est normal : c'est un tracteur ! Toujours sans se démonter, l'officier sort avec beaucoup d'autorité : « Pour rouler sur la route, il faut avoir quatre pneus les mêmes. Vous n'avez pas le droit de rouler sur la chaussée, c'est 400 dirhams. » Les représentants de l'ordre repartiront avec un billet de cinquante dirhams en poche. Un policier a toujours raison.

Saïd et le garde forestier (clin d’œil numéro 2)

En arrivant à notre maison d'Afensou, Saïd est informé par notre gardien-maçon Abdullah, qu'un garde forestier s'est présenté et l'a convoqué, ainsi de notre assistant Rédouane et lui-même. Ils auraient abîmé des clôtures en fer dans la forêt. Peu après, il apprend que l'employé des Eaux et Forêts venait de manger chez l'aubergiste du village, un vieux tordu qui nous a toujours cherché noise.

Dans l'après-midi, Saïd voit le fonctionnaire emprunter la piste d'accès à la maison, son carnet de convocations à la main, et décide de lui rentrer dans le lard.

  • Qu'est-ce que tu fais, là ? On ne t'a pas autorisé à monter, c'est une propriété privée. Tu as une procuration ?
  • C'est vous Saïd Baqua ?
  • C'est moi, oui. Allez, viens, on monte dans le 4x4 et je t'emmène chez le Procureur à Taroudant. On va s'expliquer devant lui.
  • Pris de court, le garde forestier dit à Saïd que c'est un malentendu.
  • Il paraît que tu as une convocation pour moi ?

Le fonctionnaire feuillette son carnet, à la recherche du nom de Saïd. Tombe sur la page, mais continue à éplucher le bouquin. Mais Abdullah a lui aussi aperçu le nom de notre ami et s'exclame : « C'est celui-là, il est là, tu l'as passé ». Embêté, le gus baragouine :
« - Ah oui... Euh, non, mais c'est pas une convocation, j'avais juste noté vos noms, c'est tout.
- Je sais très bien que tu as été invité à manger chez l'aubergiste. Tout ça, c'est des conneries. Et d'abord où a-t-on abîmé une barrière ?
- Là, là-bas, dans la forêt.
- Où exactement ?
- Oh, par là. C'est une barrière en pierre qui...
- Bon, maintenant c'est plus en fer mais en pierre ?
Tu sais que moi je ne vais jamais dans la forêt ? »

Tout penaud, le garde forestier repartit, se confondant en excuses...

Le dimanche suivant, au souk hebdomadaire à Imoulas, Saïd rencontre le vieil aubergiste, accompagné de son fils, qui ose lui réclamer quelques centaines de dirhams que notre ancien gardien lui devrait. Furieux, se souvenant par ailleurs de l'épisode du garde forestier, Saïd empoigne son téléphone mobile, compose un numéro et annonce à l'aubergiste sans ménagement qu'il va s'arranger pour faire fermer son auberge, car il y vend de l'alcool sans licence. Le vieux filou prétend le contraire mais Saïd lui cite un ou deux exemples témoins. « Allô, Abdellatif, ça va bien là-bas à Rabat ? » Là, le visage du fils de l'aubergiste commence à pâlir : « Oh Saïd, attends, tu vas pas faire ça ? » Et Saïd de jurer à l'aubergiste de fermer sa boutique s'il s'en prenait encore à nous.

La loi du plus fort est, ici du moins, toujours la meilleure.

Jordan, Théo et Apsamad, les trois mousquetaires

Il était une fois... deux potes. Jordan (mon fils) et Théo. Une grande première pour Théo, a fortiori de voyager sans ses parents qui se demandaient bien à quelle sauce berbère j'allais les accommoder !

Le choc a dû être également violent pour Théo. A peine débarqué de l'avion se retrouvait-il en corniche sur des pistes vertigineuses du Haut Atlas, direction notre maison berbère. Premiers émerveillements : c'est quoi un minaret ? oh regarde ces chèvres au sommet de l'arbre ! ils sont fous ces gens qui roulent à contresens ! oh les femmes comme elles sont couvertes de tissu ! J'en passe et des meilleures...

Terminés les jeux vidéo, la télévision, l'i-pod et compagnie. Ici les deux seules occupations des enfants sont le football et la baignade en assif (torrent de montagne). Et j'étais fermement décidé à leur faire passer leur brevet de « tarat » (chèvre en berbère)...

Le deuxième jour, en compagnie de leur pote du village Apsamad et sous l'étroite surveillance de Rédouane ou moi-même, ils sautaient de hauts rochers dans l'eau, prenaient un petit déjeuner berbère typique avec hamelou, huile d'argane, olives et miel, mangeaient avec les mains en bon ordre dans le tajine commun, sautaient d'un rocher à l'autre pour remonter l'oued, connaissaient une vingtaine de mots arabes ou berbères, dévoraient tout ce qu'on leur donnait à déguster !

Notre maison dans le Haut Atlas

Beaucoup d'entre vous m'ont demandé de leur montrer des photos de notre maison au moment de son acquisition. J'en ai retrouvées quelques-unes...

Sur cette rétrospective, je vous transmets toute la chaleur actuelle du Grand Sud.