Vous êtes ici:   Accueil > Notre magazine > Le point de non retour...
 
Notre magazine
 
Le point de non retour
Numéro 10 – 15 septembre 2007  

3500 kilomètres de distance et 18 mois d'immersion berbère auront finalement eu raison de mon couple. Une nouvelle page de ma vie sentimentale est tournée, après celle de ma vie professionnelle. Désormais ma vie est ancrée ici au Maroc et mon domicile perdu quelque part dans une oasis du Haut Atlas. Il s'agit de repenser mon avenir autrement : on oublie sécurité sociale et pension légale, on fait une croix sur le confort moderne.

Le point de non retour

On admet une fois pour toutes sa rupture d’avec son ancien mode de vie européen et on se met en demeure de composer avec les pratiques locales. L’échelle de valeur de l’argent se rétrécit subitement et pour la première fois je ne dois mon salut financier qu’à mon hypothétique et audacieuse entreprise marocaine. Advienne que pourra.

Il n’y a pas d’aventure sans mésaventure

Si nos circuits s’effectuent sur des itinéraires bien rôdés, nos repérages en préparation de nos produits sont par contre nettement plus aventureux, par définition.

Ainsi, récemment, toute l’équipe partait avec le Defender 110 en exploration dans la région de la Plage Blanche, avec au volant un nouveau chauffeur en période d’essai. L’essai se transformera en fiasco total au premier grand tournant à la sortie de Taroudant ! Notre apprenti pilote va, de façon incompréhensible, survirer et perdre le contrôle du véhicule. Après quelques violents tangages successifs, il se renversera sur mon flanc pour glisser sur plusieurs dizaines de mètres. Non, ma vie n’a pas défilé dans ma tête à ce moment-là mais j’ai eu sur le coup l’intime conviction que quelque chose allait me transpercer ou me percuter. A part quelques saignements légers causés par les éclats de verre, personne n’a été blessé, c’est un miracle. Une heure plus tard, je prenais le volant de l’autre 4x4 pour surmonter ma peur et éviter de m’interroger sur le sens de mon aventure au Maroc. Une chose est sûre : je ne suis pas près de confier l’un de mes 4x4 avec des clients à bord au simple détenteur d’un permis de conduire tant qu’il n’aura pas fait ses preuves !

Et puis, il y a peu, de retour d’une balade en haute montagne, j’empruntais la piste d’accès à notre maison berbère avec cette fois le Defender 130. Le matin, un début de crevasse a été observé sur la partie haute, suite aux dernières pluies. Aussi je décide de m’arrêter en contrebas. Mais notre gardien Abdullah, rassurant, me fait signe d’avancer, en évitant les nombreux matériaux de construction qui venaient d’être acheminés. Il a vraisemblablement dû entre-temps réparer la fissure en question.

Le sol s’est dérobé sous mes deux roues de gauche au niveau de la fente. Le 4x4 a fortement penché dans le vide, important à cet endroit, et je me suis retrouvé moi-même au-dessus du gouffre. Le 130 glissait, c’en était fini pour moi. Je n’osais même pas me déplacer de peur d’accélérer davantage la chute. J’étais tétanisé de frayeur, car j’étais persuadé que ma vie allait s’arrêter là.Au bout d’une éternité, un bras vigoureux m’a extrait de la voiture. Mais jamais je n’ai voulu lâcher la portière côté montagne : je m’appuyais de toutes mes forces pour soulager le poids côté précipice. C’était horrible car j’entendais la terre continuer à s’effondrer. Une heure plus tard, il y avait une quarantaine de villageois, aidant à retenir le 4x4 mais tous donnant leur avis de façon anarchique. J’étais fou car rien ne progressait. Vu depuis le ravin, c’était impressionnant, vraiment. Désespéré, à dire vrai.

Le 4x4 n’est pas tombé. On a dégonflé les pneus côté montagne, puis creusé des trous pour remettre le véhicule à niveau. Je ne sais pas comment ils l’ont dégagé : j’ai passé les vingt-quatre heures suivantes dans un mutisme le plus complet.

Ma vie n’arrête plus de basculer…

Le champ libre

Témoins inconscients de ces violents chamboulements, ma cousine Véro et notre cliente internet Yolande. Venues toutes deux se ressourcer loin de leurs préoccupations citadines. Déconnexion et remise en forme au programme. Compte tenu de la température caniculaire, intensifiée encore par la brûlure du vent du désert, nos deux sympathiques vacancières vont adopter le rythme de vie local. Lever très matinal pour effectuer des randonnées aux alentours avant que le soleil n'atteigne son zénith, pique-niques en bordure de l'oued, après-midi à l'ombre dans les champs en compagnie des villageoises affairées à la cueillette du caroube ou de la luzerne, début de soirée chez nos amis berbères pour la préparation des galettes de pain, dodo à la belle étoile sur l'une de nos terrasses ou dans l'une de nos cours intérieures pour profiter du moindre souffle frais.

Côté business

 Alors que je multiplie mes courriers de recommandation aux guides Lonely Planet et du Routard, j’ai pu faire la rencontre de Patrick, responsable au Maroc pour le guide Le Petit Futé. Hors Circuit sera référencé dès janvier prochain dans la nouvelle édition. De même ai-je pris des espaces publicitaires dans deux livres spécialisés sur le Maroc, l’un traitant des maisons d’hôte à moins de cent euros, l’autre des prestataires d’activités dans le sud marocain.

Par ailleurs le travail de mon agence internet commence à payer : Hors Circuit apparaît en excellente position sur les principaux moteurs de recherche pour toute une série de mots clé. Il reste à progresser significativement chez Google, où je continue pour l’instant à payer ma présence commerciale au côté des résultats de recherche.

Le site internet www.hors-circuits-maroc.com a été également amélioré au niveau de son contenu pour faciliter la prise en compte par ces moteurs de recherche. Le Livre d’Or est à jour et notre nouveau circuit « Merveilles du Sahara Occidental » désormais présent. D’ici peu, vous pourrez aussi consulter en ligne les trois derniers numéros de ce magazine dans une nouvelle rubrique en voie de constitution.

Enfin, un nouveau site, www.lesterrassesdel’atlas.com présentant notre maison d’hôte est en voie de confection, en français et en anglais. Il sera référencé dans un premier temps sur le portail www.terremaroc.com.

Petit à petit…

Pour quelques repères de plus

 L’une des forces d’une organisation légère comme la nôtre consiste en la possibilité d’offrir sans cesse de nouveaux circuits ou, dans nos circuits courants, simplement de nouveaux lieux de pause innovants, inédits, parfois inouïs. Coûte que coûte (dieu sait si cela coûte en fait…), nous continuons à effectuer régulièrement de longs repérages dans tout le sud du Maroc, consacrant ainsi jusqu’à 10% de notre temps.

Le millier de kilomètres franchi cette fois-ci va nous permettre de découvrir dans l’Anti-Atlas au sud de Guelmim un village fantôme encore très suggestif de l’ancien caravansérail qu’il fut naguère sur l’une des routes principales des caravanes nord-sud reliant l’Europe et des pays africains aussi lointains que le Soudan. Aujourd’hui des troupeaux de dromadaires continuent à traverser fréquemment cet historique carrefour de civilisations, là où les hommes ont jeté l’éponge. La nature y a repris ses droits. Gare toutefois aux mauvaises manœuvres : le sol est truffé de silos souterrains profonds, qui abritaient jadis les récoltes et marchandises à troquer. Les agadirs (greniers fortifiés) répandus ailleurs dans le sud sont ici enterrés ! Notre fortune nous fait dénicher une vieille selle de dromadaire en bois, une meule domestique et un vieux peigne à laine. Quelques menus trésors pour notre maison berbère !
Fort Ayoûn. Il y a tout au plus deux générations, cette place forte abritait les quartiers des goumiers formant les régiments indigènes de la Légion Etrangère à l’époque du Protectorat Français. Deux auxiliaires de l’armée marocaine de réserve, chargés d’assurer le contact radio, nous accueillent dans l’ancien Q.G. français au plafond de poutres vernies encore intact. La cérémonie du thé durera près d’une heure, véritable hymne au respect du visiteur. Dehors, près de la source providentielle, les femmes lavent leur linge. Défense de s’approcher !
Akka, sur la route méridionale parallèle à la frontière algérienne. Notre repérage nous fait échouer dans une plaine aride où se dressent ici et là quelques collines isolées, jonchées de gravures rupestres tout à fait inattendues. Nous établissons le campement non loin d’une ancienne forteresse en ruine et à proximité d’un puit d’eau claire et fraîche : ce soir, douche assurée, dans l’infiniment grand !
Tissint. Cela faisait longtemps que je lorgnais cette gorge... A force de chercher, j’ai fini par trouver une étroite piste accédant au fond du défilé prometteur. Enième miracle du Maroc, ce canyon a tout d’un paradis sur terre. Avec les palmiers verdoyants qui se détachent sur la roche ocre abrupte, la source inespérée qui se transforme rapidement en oued sinueux, cette oasis ressemble furieusement à une île de rêve encastrée dans un désert de pierre. Formidable endroit de bivouac, à taire à tout prix !
 Erg Chegaga, aux portes du Sahara. Nous voilà à présent à arpenter en plein été caniculaire cette zone aride et sablonneuse avec pour objectif que toute l’équipe maîtrise parfaitement l’itinéraire rapide d’accès aux dunes principales, faute de quoi le trajet se transforme rapidement en galère incontrôlée. Personnellement, je ne vis que pour ces instants d’immersion profonde, de solitude extrême où tout prend une autre signification. L’éternel retour aux sources d’un bonheur simple que sait procurer ce fabuleux pays, à condition bien sûr de savoir rester éloigné des hauts lieux touristiques et des hordes avides ! Ce qui est précisément l’élément moteur de notre entreprise.

Sur ces nouvelles, je vous laisse parcourir ces dernières photos de notre vie dans le Haut Atlas et vous dis à très bientôt.
Luc