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Notre magazine
 
Le mors aux dents
Numéro 11 – 31 octobre 2007  

Mon basculement total dans le monde berbère, évoqué dans le numéro précédent, a coïncidé avec l'absence de clients durant tout le mois de septembre. Autant vous dire que l'épreuve a frôlé celle de la mort subite... « Hors Circuit » : s'agit-il finalement du label de mes produits ou bien de ma propre condition ? je vous laisse conclure... moi, je sais déjà ! A coïncidé aussi avec le début du Ramadan. M'enfin, j'ai pour ma part continué à manger à ma faim, ce qui n'était pas le cas tout autour de moi !

Ramadan, rien sous la dent

Mon premier étonnement était de voir que les nombreux musulmans non pratiquants respectaient ce pilier de l’Islam. Abstinence donc durant toute la durée du jour. A partir de l’adolescence, ni nourriture, ni boisson, ni sexe, ni cigarette, ni maquillage, pas même de baignade de crainte d’attraper une goutte d’eau préjudiciable sur les lèvres. Cela n’empêche pas le labeur sous le cagnard et les récoltes éreintantes, notez.

Il est dix-sept heures. Dans la cour intérieure en terre battue infestée de mouches en raison de la proximité des étables, le feu de brindilles d’arganier crépite en vue de la cuisson quotidienne des galettes de pain. L’âne revient de sa charge d’eau. Zara elle aussi rentre des champs, ployée sous le poids de l’énorme gerbe d’herbes fraîchement coupées pour alimenter le bétail. Le deuxième fils est redescendu des crêtes montagneuses avec le troupeau de chèvres, il meurt de faim. La maman, quant à elle, casse inlassablement les noix d’argan à l’aide d’une simple pierre en vue de produire une huile précieuse et chère. Vous l’avez peut-être compris, je me trouve, comme chaque jour finalement, dans ma seconde famille, chez Abdullah et Hafida.
Sur un fil, tendu au-dessus de la cuisine rudimentaire, des  vêtements élimés et troués, cent fois tombés dans la poussière en  l’absence de pinces à linge. Et tout à côté, des morceaux de viande,  suspendus à l’abri des animaux domestiques ou sauvages : le seul  frigo disponible !
Dix-neuf heures. Le muezzin s’époumone à la tombée de la nuit. Tous les membres de la famille se ruent sur les nattes autour des tables basses garnies de mignardises sucrées, de fruits secs, de soupe de farine grossière, de café épais. Les haleines me dérangent, les sucions bruyantes des boissons chaudes me hérissent, les lèvres asséchées me choquent. Pourtant, leur bonne humeur revient au grand galop : l’on revit. Jusqu’au lendemain à l’aube…

Paule m’épaule…

 Rendons à César… Ma sœur Paule demeure décidément de loin en tête du hit parade des clients récidivistes, me donnant du même coup un peu d’oxygène en ces temps de lancement précaire de cette aventure marocaine. Talonnée par l’infatigable Lieve, qui vient de vivre sa quatrième expérience Hors Circuit !

Au sein d’un mini groupe de cinq challengers chevronnés, nous avons suivi la trace des goumiers dans la région désertique de la Plage Blanche, ces soldats berbères enrôlés dans des régiments inédits de la Légion Etrangère française à l’époque du Protectorat.

Par des pistes totalement Hors Circuit ou à même la plage, nous avons rallié différents forts abandonnés où furent établis des campements inoubliables pour tous.

Il est clair que la formule choisie par eux était active et aventureuse. Le programme a été établi en conséquence ! Vous allez me dire que ce n’est rien pour vous ? Figurez-vous que plusieurs participants n’avaient jamais dormi sous tente, c’est dire… Et, en fin de bilan, que constatons-nous ? Bivouac d’enfer dans un abri sous roche de l’Anti-Atlas avec vue imprenable sur les anciennes pistes caravanières. Orgie de poisson fraîchement pêché dans l’Atlantique et cuit avec délicatesse par Saïd sur notre barbecue. Navigation hasardeuse en bouée à l’embouchure de l’oued Drâa sous le regard consterné des pêcheurs du coin qui n’avaient jamais vu rien de tel. Balade prenante sur des kilomètres de plage sauvage battue par les vagues et le vent. Epreuves ludiques dans des dunes de sable mou pour mieux apprécier le coucher de soleil flamboyant sur l’océan. J’adore ce circuit. Et eux aussi l’ont adoré !

Créateurs d’aventure ? Oui, mais pour tous ! Le senior, Walter, affichait 75 années tout en en mettant plein la vue sur bon nombre d’épreuves… Walter, le doyen de nos challengers, mais les doigts dans le nez !

Une entreprise à la page!

 Nos efforts de référencement du site de Hors Circuit sur internet commencent enfin à assurer une visibilité de premier plan à nos séjours et circuits sur la toile. Faites donc l’essai et tapez des expressions clé pertinentes comme « circuit 4x4 Maroc », « Maroc trekking », « sud marocain », « voyage organisé Maroc », « Maroc désert » et vous verrez Hors Circuit apparaître en toute première page du plus prestigieux des moteurs de recherche, en tête de centaines de milliers d’autres pages !  Faisant la nique, du même coup, à bien d’organismes de voyage ayant pignon sur rue. Bravo à mon agence internet ! Pour la première fois, j’ai une moyenne d’une demande de devis par jour. Et il y en a pour tous les goûts !

Il reste tout de même à transformer les clics en euros sonnants et trébuchants et ainsi obtenir retour sur investissement, ce qui n’est pas encore gagné. En attendant, cela donne du baume au cœur puisque le résultat dépasse mes attentes les plus folles et que le site semble inspirer confiance à l’internaute d’après les commentaires glanés ici et là, ce qui est essentiel pour faire la différence par rapport à l’amateurisme local.

Et puis, si vous avez quelques minutes, allez sur www.terremaroc.com pour faire une recherche d’hébergement sur la région d’Agadir. Hors Circuit présente sa maison d’hôte berbère sous l’appellation « Les terrasses de l’Atlas » et dispose désormais d’un second site web exclusivement consacré aux séjours berbères dans le Haut Atlas à partir d’Afensou.

Les circuits se succèdent et ne se ressemblent pas !

 Que dire à René, Jean-Pierre, Lucie, Odile et Marie-France pour leur fidélité ? Les voici revenus cette année encore, avec des renforts qui plus est, et pour une durée cette fois de deux semaines. Les festivités ont démarré sur le Plage Blanche, avec l’initiation au camping sauvage pour la plupart et la découverte de vastes plages fouettées par les embruns. Elles se sont poursuivies dans le désert de l’Erg Chegaga où les participants, pris au jeu de nos mini-challenges, ont rivalisé d’adresse pour allumer un feu avec peu, pour s’enterrer intégralement dans les dunes, pour cuire du pain dans le sable. Saïd a encore frappé fort au niveau culinaire et Mohamed a comme d’habitude apporté toute sa couleur locale et enveloppé le petit groupe de sa gentillesse sans pareil. Que dire, si ce n’est « merci », tout simplement ?
La famille Planchon a quant à elle préféré s’évader de la fureur de Marrakech pour découvrir les oasis de la Vallée du Drâa en notre compagnie.
Puis ce sont les Devos qui ont quitté leur palace   d’Agadir pour retourner aux sources, dans notre   montagne berbère. Les enfants veulent en tout cas   revenir, infatigables malgré mon avalanche d’épreuves   ludiques proposées durant tout leur séjour. Et pour   une fois qu’on leur laissait faire de grosses boulettes,   ils ont pu s’en donner à cœur joie avec le couscous de   Hafida. Les gars, quand vous voulez !
Les familles semblent décidément apprécier nos offres exclusives : les Ribeyrol ont renâclé à suivre maman Ghislaine dans son projet de s’évader quelques jours de la ferme pour renouer avec la nature africaine. Et pourtant, voyez leurs commentaires élogieux dans notre livre d’or en ligne. Jamais vu de participants à nos activités ludiques d’aussi bonne composition. On se souviendra longtemps de la « Chasse au Tromme » dans les cordons de dunes, de la pêche miraculeuse du fidèle Saïd, des parties rocambolesques de « Qui va passer pour un couillon ». Demandez à Elie ce qu’il a pensé de l’envol des mouettes et des flamands roses vu du toit du 4x4 où il était juché. Interrogez Abel sur les sensations fortes que procurent les roulés boulés sur les pentes abruptes des hautes dunes bordant l’oued. Voyez si finalement Christian n’a pas apprécié le poisson frit offert par l’indigène dans sa cabane de pêcheur à peine son petit déjeuner continental consommé. Tentez de rencontrer Ghislaine pour comprendre les effets profonds de nuits passées à la belle étoile à même le sable. Et là encore on parle de revenir…
Clairement, il apparaît que la prise en charge des enfants constitue un réel créneau et une source de différenciation dans nos offres de séjours et circuits. Les mini-challenges organisés font sensation pour le plus grand bonheur des parents ! Naturellement je prends, en tant qu’organisateur, le leadership ; du coup les rapports de force parents – enfants s’atténuent. Les ados découvrent par le jeu une autre façon de vivre ainsi qu’une autre façon de voyager. Les parents enfin se laissent bien souvent prendre au jeu et de ce fait déconnectent encore davantage de leurs soucis et stress quotidiens. Bon, allez expliquer ça dans des offres écrites ou sur un site internet… Non, vraiment, le bouche à oreille restera mon meilleur outil marketing. Patience…

Une race à part

 Mon avis est que les Européens qui s’établissent à Taroudant forment une race à part. Et ont seulement en commun une différence systématique dans leurs motivations à s’établir au Maroc (vous me suivez ?). Bref, tous des cas à part ! Des dévoyés sexuels ayant fait le plein à Marrakech, des semi pensionnés lucides qui ont compris le côté surfait de Marrakech, des optimistes ou des déçus désireux de repartir à zéro, j’en passe et des meilleures. Dire que j’en fais partie… (à vous de choisir la catégorie !)

Chantal, venue au Maroc quant à elle pour surmonter un drame familial, devient une inconditionnelle de Hors Circuit : famille, amis et clients viennent et reviennent sur nos circuits. Et de faire boule de neige. Chantal, merci et gros bisous !

Mais que voulais-je dire ? ah oui, la race à part. Hier, je me promenais dans le village voisin, à Assaka. Un barbu, comme on les surnomme, m’a accosté et s’est diplomatiquement indigné de ma tenue vestimentaire : j’étais en short tout en accompagnant mon amie Hafida, elle couverte de la tête aux pieds ! C’est la première fois qu’on me faisait cette remarque depuis mon établissement ici, aussi ne me suis-je pas plus formalisé que cela de cette intervention d’un intégriste. Mais cela a suffi à me sentir bien différent et en sursis dans cet environnement si superbe mais totalement hostile finalement.

Intégration ou désintégration ? ma traduction à moi, version marocaine, du célèbre « to be or not to be ». La réponse dans les prochains numéros, évidemment…

Parviendrons-nous à sécuriser la situation juridique de notre précaire propriété à Afensou ? Pourrons-nous étoffer valablement l’équipe et la flotte pour assurer une multiplication de circuits de qualité sur le plan mécanique et logistique ? 2008 sera le tournant décisif du développement de Hors Circuit : réussirons-nous à atteindre nos objectifs financiers en comptant pour la première fois sur une clientèle non issue du cercle familial ou d’amis ? Sera-t-il possible humainement de tourner la page sur un passé européen confortable pour reconstruire un foyer marocain qui fait grincer pas mal de dents et implique une conversion obligatoire à l’Islam ?

Nous découvrirons vraisemblablement ensemble, au fil du temps, les réponses à ces nombreuses questions qui hantent mes fins de soirée…

A tout moment, je m’attends à ce que l’arbitre sonne la fin de la partie, le glas de mon aventure berbère. Une aventure humaine mais bien incertaine, à suivre si vous le voulez bien.

Le conseil du jour : quoique vous espériez, n’attendez pas !

Sur ce, à dans quelques semaines,
Luc