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Notre magazine
 
Le frisson
Numéro 12 – 15 décembre 2007  

Cet après-midi, pareil à un autre (mais qu'est-ce que je raconte, ce n'est jamais le cas !), pour étancher ma soif entre deux occupations, j'ai empoigné la bouteille d'eau pétillante qui traînait sur mon bureau, ai dévissé le bouchon et laissé couler une grosse lampée dans ma bouche desséchée. Ouf ! Il était temps...

Nouveau frisson…

Non, ouille plutôt ! Vous connaissez le destructeur de rouille ? J'en avais versé le matin même une bonne dose dans une bouteille vide pour la descendre à Taroudant...

C’est celle-là même que j’ai, par mégarde, porté à ma bouche plus tard ! Toujours aussi chanceux dans la malchance, j’ai eu le réflexe incroyable de ne pas avaler le terrible liquide. Il s’en est tout de même fallu de peu que je ne finisse les pieds devant à l’hosto !  Même en ayant pu recracher vivement le poison, je n’en ai pas mené large toute la journée durant. Nombreux bains de bouche, litres de (vraie) eau avalés, bourrage par le pain et le fromage, brossages de dents à gogo… J’ai senti la tête me tourner, l’estomac se retourner, les frissons me secouer mais non, l’acide a fini par trépasser avant moi. Et dire que je pensais qu’en venant habiter dans la montagne, avec le climat et tout et tout, j’augmenterais mes chances de finir centenaire…

Allumez le feu !

Les nuages sont finalement arrivés, massifs, compacts, terrifiants. Ici, il n’y a point d’automne, l’hiver vous tombe dessus sans crier gare et rappelle brutalement aux feuilles des arbres que le moment est venu de tomber. Au terme de deux journées de ciel obscur, Dame Nature a daigné lâcher son manteau neigeux sur la cordillère dominant le village d’Afensou. La température a du coup dégringolé vertigineusement, rendant la vie nocturne plus pénible. Nouveaux frissons…

Sous les trombes d’eau, la piste directe pour Taroudant s’est affaissée dans plusieurs virages en épingle à cheveu, bloquant une partie du trafic dans la montagne. La nature a repris ses droits et a montré qui gouvernait encore ici haut !

Au premier rayon de soleil – qui ne se cache décidément jamais bien longtemps dans ces vallées - Hafida et moi sommes vite partis arpenter les sentes de chèvres sur les pentes du Jbel Aoulime à la découverte de chemins de balade panoramiques et pour profiter de la beauté des cimes blanches.
Parvenus à destination dans un village d’altitude trempé dans la grisaille, nous avons cherché avant toute autre chose à nous réchauffer puis à casser la croûte avant d’emprunter l’incertain chemin du retour. Mais le feu rechignait à prendre malgré notre équipement conséquent. Une femme du coin, visiblement en route pour une charge bois lointaine dans la montagne, s’est attardée par curiosité auprès de Hafida. Devant notre impuissance, mais à notre plus grand étonnement, elle n’a pas hésité un instant à déchirer un grand lambeau de sa cape en laine, l’a frotté vigoureusement puis l’a enflammé. Un quart d’heure plus tard, nous partagions un thé de fortune salvateur…

Qui va là ?

Un nouveau visiteur hante régulièrement notre maison berbère, de jour comme de nuit.
Il s’agit d’un cas typique d’écureuil de Barbarie, surpris en flagrant délit. A ceci près qu’il a été empaillé par le frère de Hafida pas plus tard que la semaine dernière, au terme d’un patient affût en pleine montagne. Celui-là a fini dans le tajine, une première culinaire en ce qui me concerne ! Ca me donne du coup une idée originale pour notre carte de restauration, mais en fin de compte se pose le problème de l’approvisionnement, totalement  aléatoire !

Couleur locale… un peu tirée par les cheveux !

Voulez-vous connaître la recette de la maman d’Hafida pour rendre aux cheveux couleur et éclat ? Appliquer pendant une bonne heure huile d’argan et aïl sur la chevelure. L’avantage de la méthode ? Ca éloigne les mouches ! Et pas qu’elles…

L’avenir du kori

Alors que le ciel menaçant n’apporte pas autant d’abondantes pluies qu’il le faudrait, la deuxième volée de travaux dans notre maison berbère d’Afensou touchent à leur fin. Il s’agissait, rappelez-vous, d’aménager le quatrième niveau qui abritait jusqu’il y a peu le kori. Les anciennes étables ont été transformées en chambres et rehaussées de tours pour l’homogénéité de l’ensemble de l’habitation. Elles comprennent chacune une mezzanine pour le couchage et un coin salon avec âtre. Il leur manque encore, sur ces photos, un coup de peinture et leur ameublement. Elles sont disposées autour d’une toute nouvelle cour intérieure offrant de nouveaux espaces de détente, une prochaine végétation luxuriante et surtout des vues panoramiques sublimes. Tous nos récents visiteurs de Taroudant adorent !

Leur construction n’a pas été sans peine, vous l’imaginez bien. Je ne compte plus le nombre de fois où les différents corps de métier ne se présentaient pas au travail comme convenu, ni les erreurs de menuiserie dans la conception de toutes les portes. Il a fallu corriger chaque élément, un à un. Enlever des fenêtres pour les replacer à l’endroit ! J’y ai probablement laissé le peu de cheveux qui me restaient…
Par ailleurs, les deux anciennes chambres du troisième niveau possèdent désormais chacune leur salle de bain privée complète, arrachées elles aussi à la montagne. La décoration reste essentiellement à base de pierres du pays. Totalement opérationnelles, il ne leur manque que quelques bibelots en touche finale. Cette fois, j’ai eu de la chance, je suis tombé sur un bon plombier : il n’y avait que deux robinets qui fuyaient, un tuyau d’évacuation bouché par le ciment, une châsse d’eau qui ne fonctionnait pas, les fixations des barres de douche qui ne tenaient pas et une prise électrique mal placée. C’aurait pu être bien pire !

La nouvelle arme de Hors Circuit : un chèque cadeau

A la demande de plusieurs de nos clients, nous émettons un « Chèque-Cadeau Hors Circuit », qui consiste simplement en une avance en espèces consentie à Hors Circuit par une personne X, obligatoirement déjà cliente de Hors Circuit, à valoir sur le prix d’un séjour ou d’un circuit, au bénéfice d’une personne Y de son choix.

Vous avez envie de gâter un membre de votre famille, faire plaisir à un ami, récompenser un client ? Vous ne savez plus quoi offrir d’utile, d’agréable, d’original ? Vous voulez offrir à un enfant une chance de connaître un autre mode de vie ? Anniversaire, cadeau de mariage ? A moins qu’il ne s’agisse d’encourager une connaissance à entreprendre à voyage pour expérimenter une véritable cure anti-stress, se reconstruire sur le plan moral, se défouler sur le plan physique ou tout simplement pour se reposer ? Autant d’occasions de faire plaisir autrement et valablement. Le voyage restera toujours un beau cadeau !

Le montant est fixé librement par l’acheteur, avec un minimum de 25 €. Il est émis sans frais. Il doit être libellé en euros. Le paiement s’effectue selon l’un des modes de règlement des circuits explicités sur notre site internet. Le chèque n’a pas de date limite de validité. Il est valable quelque soit le produit Hors Circuit. Il est transmissible librement à un autre bénéficiaire. Le chèque-cadeau Hors Circuit n’est pas cumulable avec d’autres promotions. Il est restituable moyennant une pénalité de 10%, avec minimum 10 € pour couvrir les frais administratifs et financiers. Il est émis sur la base de la confiance établie entre le client et Hors Circuit. Il se matérialise par un contrat signé envoyé à l’acheteur du chèque et en même temps par un chèque symbolique à destination du bénéficiaire, que l’acheteur remet lui-même ou que Hors Circuit lui envoie directement à l’adresse donnée.

Le pompon, c’est que le bénéficiaire se verra en outre attribuer par Hors Circuit une remise supplémentaire de 10% du montant du chèque, à valoir sur son séjour ou circuit, à la seule condition que l’émetteur du chèque ne soit pas participant à ce même séjour ou circuit.

Faites-en profiter d’autres !

Juste une formalité !

Je le dis et le répète : au Maroc, les choses les plus compliquées peuvent être les plus simples et vice-versa. En l’occurrence, vice-versa !!!

L’administration du pays constitue un véritable parcours du combattant pour tout Marocain fataliste, que dire pour l’Européen novice et impatient. Car corruption et incompétence restent généralisées.

Tout détenteur de la moindre bribe de pouvoir va y voir le moyen d’arrondir sa fin de mois au détriment du contribuable dépendant et ignorant, en lui faisant obstruction jusqu’à ce qu’il lâche un billet. Et aussi abuser de son rôle incontournable pour escroquer l’étranger ayant besoin d’une quelconque autorisation. De ce fait, postes et promotions se négocient, se paient, à tous niveaux. Par exemple, les factions aux carrefours les plus importants sont les plus chères à obtenir mais aussi les plus rémunératrices. Ces pratiques fort préjudiciables, que le gouvernement essaie vainement d’éradiquer, découlent de mœurs ancestrales bien ancrées. Et il est vrai qu’on ne devrait pas cracher dans la soupe car les choses les plus compliquées peuvent devenir du coup les plus simples, l’argent servant de sésame à bien des portes…

Mais à l’inverse, les choses les plus simples se compliquent souvent, a fortiori lorsqu’on intègre une donnée supplémentaire : l’incompétence notoire de la plupart des fonctionnaires.

Voilà un exemple parmi tant d’autres, que j’intitulerai "de l’art de perdre une journée ».

L’un de mes 4x4 est enregistré au nom de la société Hors Circuit, dont je suis le gérant. M’inquiétant de la sortie du véhicule du territoire marocain à l’occasion d’un retour en Europe, la direction des douanes d’Agadir m’informe qu’il est préférable que mon entreprise me signe une procuration en bonne et due forme, c’est-à-dire légalisée. Au Maroc, la légalisation des accords contractuels est généralisée : effectuée en présence d’un représentant de l’état, elle est avalisée par la présentation de la pièce d’identité, excluant donc le faux en écriture.

Me voilà donc dans une antenne de la mairie de Taroudant à tenter de légaliser un document signé entre moi, en tant que gérant avéré de la société Hors Circuit, et … moi, heureux bénéficiaire de l’autorisation de sortir le véhicule de ma propre société hors du pays !

La fonctionnaire en charge de l’antenne y perd son latin, son arabe et son français, tout à la fois. On peut la comprendre. Comment les signataires d’une procuration peuvent-ils être la même personne ? Un vrai casse-tête… 

Elle me demande de revenir plus tard, lorsque le chef de service sera revenu, à savoir après la prière, soit quatorze heures, disons quatorze heures trente. « Venez à quinze heures ». … Et de me réclamer des photocopies de ma carte de résident et des statuts de ma société, pour étayer le dossier.

Quinze heures. Le responsable n’est évidemment pas encore revenu. Et les employées ont changé. Je débite à nouveau toutes mes explications. La préposée s’en tamponne… mais me tamponne mon document sans autre formalité !  Tout en ignorant totalement les photocopies réclamées auparavant par sa collègue. A pleurer de désespoir.

Remotivé par l’obtention du précieux document inutile, je passe à autre chose et file à la Police Judiciaire pour obtenir une fiche anthropométrique, extrait de casier judiciaire local, nécessaire pour l’obtention d’un agrément de transport touristique pour Hors Circuit.

Totalement aguerri, j’avais bien pris mes renseignements auparavant, c’était ce bureau qui était responsable. Ben non ! Une fois sur place, on m’expédie, non sans m’avoir fait poireauter une heure, à un autre commissariat, lequel me renvoie au premier. La routine, quoi ! Tout le monde sait tout, en fait personne ne sait rien. Et au moment de fournir le document et de prendre une responsabilité, chacun se débine. Et il faut faire avec, ce qui est vachement commode. Ma fiduciaire m’a demandé un document qui n’est en aucun cas valable pour un non marocain. On n’est pas sorti de l’auberge… 

S’énerver ? Ce serait mal venu. Pourquoi donc ? Grrrrr….

Tajines à toutes les sauces et frissons culinaires…

Pour oublier mes misères administratives, j’essaie de m’évader dans mon anoual et de me consacrer à la cuisine locale. Le principe même du tajine, à mi-chemin entre la cocotte minute et le wok chinois, garantit aux mets saveur et richesse alimentaire. Que ce soit à l’hôtel ou chez l’habitant, les tajines de toutes sortes ont toujours l’air appétissant et hument bon grâce aux colorants et épices employés. Mais bien souvent contiennent une trop forte dose d’huile pour nos fragiles estomacs occidentaux.
Je vous livre maintenant quelques secrets pour obtenir une sauce onctueuse.

D’abord évitez d’accumuler trop de sortes de légumes et d’épices qui rendent le résultat quelconque. En accompagnement de la viande, essayez de vous contenter de deux ou trois ingrédients tout au plus, pas nécessairement des légumes d’ailleurs, comme par exemple des dattes et des amandes, des oignons et des olives, des abricots et des raisins secs, des pruneaux et des graines de sésame, etc. J’ai préparé l’autre jour un tajine d’agneau aux courgettes et au thym d’Iril: délicieux !.

Revenons à nos agneaux ! Une fois la viande et les oignons revenus, ajoutez les épices adaptées (cannelle, safran, gingembre, etc.) ainsi que le sel et le poivre, recouvrez d’eau les aliments et placez le tajine sur un diffuseur de chaleur. L’imperfection du plat à tajine va permettre à l’eau de s’évaporer et il faut au besoin rajouter un peu d’eau pendant que la préparation mijote. Une fois cuits, retirez les aliments, faites fondre un peu de beurre et laissez la sauce à feu vif pour réduire et devenir onctueuse. Pour les recettes avec fruits secs, ajoutez un peu de sucre fin ou de miel liquide. A la fin, saupoudrez de coriandre ciselée ou de graines de sésame ou d’amandes émincées sautées, selon le plat.

A force d’essais, le plus souvent fructueux, notre carte s’est étoffée de savoureux nouveaux tajines : le tajine d’agneau à la cannelle et aux dattes de Tamdousnous, le tajine de poulet aux pruneaux et aux amandes d’Issoual, le tajine de veau aux graines de sésame et aux raisins d’Afensou, etc. Miam !

Et dans notre frigo, on trouve désormais, selon la saison, des jus et milk-shakes d’ananas, d’avocat, de fraise. La concurrence n’a qu’à bien se tenir !
Le hamelou est d’assez loin l’équivalent de la pâte à tartiner au chocolat. Très énergétique, il se prépare à base d’huile, de sucre, voire de miel, et de fruits secs concassés comme les cacahuètes, les noix, les amandes ou mélange. Il est apprécié dans le monde berbère à l’occasion des fêtes. Le paysan utilisera le plus souvent un mélange cacahuètes et simple huile végétale à bas prix. On monte en saveur lorsqu’on choisit les amandes, l’huile d’argan et du miel liquide. Ici Hafida (alias Hafidou) utilise notre meule : l’huile et le sucre sont progressivement ajoutés au centre de la pierre creuse. Le résultat est prometteur en goût… mais, la meule étant neuve, la première cuvée maison aura plutôt tendance à crisser furieusement sous la dent !!!

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Faute de sapin de Noël, nous aurons dans l'Atlas de la neige pour donner un air de fête en cette fin de 2ème année passée au Maroc. Point de réveillons dans ces hautes vallées, mais le calendrier fait coïncider Noël avec la fête musulmane la plus importante, celle « du mouton ». A défaut de dinde, me direz-vous...

A quoi va donc bien pouvoir ressembler cette troisième année d'aventure en pays berbère ? Nous le découvrirons ensemble au fil des prochains numéros.

En attendant, il ne me reste qu'à vous souhaiter d'agréables festivités et plein de bonnes choses pour 2008. N'oubliez pas les bonnes résolutions à prendre. Mon fidèle Saïd et mon amie Chantal ont décidé d'arrêter de fumer. Pour ma part, disons que j'ai déjà pris un peu d'avance... Et vous, qu'en est-il ?