Vous êtes ici:   Accueil > Notre magazine > L’autre vie...
 
Notre magazine
 
L’autre vie
Numéro 3 - 30 septembre 2006  

Taroudant, siège de la société Hors Circuit sàrl ! A l'intérieur des remparts, un appartement modeste avec ses deux garages pour ranger les deux 4x4. Eau, électricité, téléphone, adsl et tous les commerces à une minute à pied.

Une vie partagée entre Taroudant et Afensou

Taroudant
Taroudant, siège de la société Hors Circuit sàrl ! A l'intérieur des remparts, un appartement modeste avec ses deux garages pour ranger les deux 4x4. Eau, électricité, téléphone, adsl et tous les commerces à une minute à pied. Avec le vélo, on peut atteindre n'importe quel point de la ville en moins de dix minutes. Allô Pizza à quelques pas et le « périphérique » à cinquante mètres. Grâce à une situation idéale dans la plaine du Sous, les marchés regorgent de fruits et légumes frais. Marrakech se trouve bien plus au nord, au-delà de la grande chaîne de l'Atlas. Ici, nous sommes vraiment dans le sud du Maroc : il fait continuellement chaud. Le ciel est également bien plus souvent dégagé qu'à la côte, à Agadir. Les gosses chahutent dans la rue, l'horizon est bouché par les constructions anarchiques et rarement finies. Voilà mon cadre de vie à Taroudant.

Afensou
Afensou, à 40 kilomètres au nord de Taroudant, dans la montagne : notre foyer, installé dans une maison berbère traditionnelle de terre et de pierre.
L'électricité n'a été introduite dans le village qu'il y a quelques années à peine. L'eau, puisée à la source en contrebas à l'aide de deux pompes en série, coule dans la maison depuis seulement... deux mois ! Point de téléphone. Le tajine aux fruits et les galettes de pain cuits au feu de bois constituent les incontournables de l'alimentation locale. Temps minimal de préparation : deux heures... Quelques magasins sommaires de produits de première nécessité au souk de la commune à 7 km de là, ouverts le dimanche uniquement.

Lovée au pied du Mont Aoulime (3300 m), la haute vallée connaît un micro climat exceptionnel et un record de journées d'ensoleillement : je n'ai connu que deux jours de pluie et de ciel gris en 6 mois de séjour... Arganiers, oliviers, roseaux, lauriers-roses et palmiers se partagent l'espace naturel disponible. Le panorama est grandiose. Voilà mon cadre de vie à Afensou.


Tout au long de l'heure de piste qui sépare mes deux pieds à terre si différents, il convient de garder toute sa vigilance : les passages en corniche et les tournants aveugles sont autant de pièges, qui menacent a fortiori les habitués pressés. Et au fur et à mesure que l'on gagne de l'altitude, les paysages s'agrandissent, le ciel se dégage, le tumulte de la ville s'oublie et la poussière cède la place à une autre vie, plus simple, plus naturelle, plus douce.

Mon temps se partage entre les deux endroits au gré des besoins et des contraintes. Et c'est souvent au dernier moment que je décide de « monter » ou de « descendre ». Quand je monte, je dois penser à apporter des provisions alimentaires au gardien. Quand je descends, je dois veiller à payer les ouvriers et leur laisser de strictes consignes de travail (qui ne servent bien sûr à rien).

Et c'est évidemment sans compter notre domicile en France où je vais rentrer cette année hiberner et passer les fêtes de fin d'année.

Trois domiciles, aux antipodes les uns des autres. C'est peut-être cela qui permet d'apprécier les bonnes choses de chaque endroit. Et de trouver dans chacun un refuge contre les pénibilités ou insuffisances des autres...

L’argent ne fait pas le bonheur

C'est probablement parce qu'ils n'ont pas beaucoup d'argent qu'ils semblent si heureux, ces Berbères de mon village ? Qui plus est, huile d'olive et eau de source obligent, on y vit vieux, très vieux dans ces villages reculés !

Mais comme partout ailleurs au Maroc, les hommes ne parlent que d'argent...
Les revenus de la plupart d'entre eux restent fort aléatoires, dépendant encore le plus souvent de l'importance et de la qualité des récoltes. Leurs fils partent le plus souvent tenter de trouver du boulot dans les grandes villes. Tout le monde est cultivateur et maçon ! Alors quand un travail se présente, on se rue. D'autant que le « Français » (moi !) paie bien, à l'inverse des locaux qui compressent les salaires journaliers jusqu'à 50% de la normale. Mon maçon Abdullah (quasi employé permanent) gagne 65 DH par jour (6 EUR) pour dix heures de travail de titan sous un soleil de plomb. Un ouvrier perçoit maximum 4 € par jour. Une somme dérisoire à nos yeux. Une manne pour eux. En l'absence d'alcool, tous les hommes, quasi sans exception, se rabattent sur les cigarettes, qu'ils achètent à la pièce (1 DH, soit 0,1 EUR).

Les femmes ont certainement le rôle le plus ingrat. Quoiqu'il arrive, il faut nourrir la famille souvent nombreuse. La plupart des maisons n'ont pas l'eau courante, pas de frigo, pas de gazinière. On se déplace à dos d'âne. On va chercher l'eau dans de grands bidons à la source. On doit se rendre régulièrement sur les hauteurs montagneuses pour faire provision de bois. Il faut aller cueillir tous les jours des végétaux pour nourrir la basse-cour. Il faut préparer les tajines pour toute la smala (et vous savez maintenant que cela prend un temps fou), sans compter le pain qui demande également bien du travail. Sans compter les lessives. Sans compter l'entretien de la maison. Sans parler de la traite, de la cueillette. L'éducation des enfants, quant à elle, prend très peu de temps : ils doivent s'adapter et suivre. Et pourtant, rares sont celles qui paraissent malheureuses. Le sourire est toujours aux lèvres. Elles sont nées dans le travail et n'ont jamais connu d'autre vie. Il est vrai que le thème de l'argent n'est pas un sujet de discussion pour les femmes. CQFD.

Je suis plus particulièrement admiratif d'un jeune garçon, qui paraît avoir 10 ans mais doit en avoir 15 au moins, au beau visage radieux, que l'on peut rencontrer à coup sûr à mi-chemin en train d'améliorer inlassablement l'état de la piste avec sa pioche et sa pelle. Sept jours sur sept et en plein cagnard. Il comble les ornières, aplanit les bosses, rend la route agréable. A chaque passage, l'usage est de donner un dirham. Il s'est forgé un travail, il se démène pour le mener à bien. Et sûr que l'argent va droit dans les poches de son père... Je me suis promis qu'un jour, j'engagerai ce travailleur courageux. En attendant, en européen stressé que je reste, je prends à peine le temps de lui dire bonjour, lui filer sa pièce alors que m'arrêter, prendre le thé et partager un moment avec ce garçon serait certainement des plus enrichissants. Un jour, un jour...

Notre gardien Mafoud, quant à lui, a le même problème de détachement par rapport à son père. Quant il a été engagé à la maison, seule sa mère savait qu'il allait travailler, où et pour qui. Mais comme le monde est ridiculement petit par ici, tout se sait et s'apprend à une vitesse éclair. Il n'a pas fallu bien longtemps pour que son père découvre le pot aux roses et réclame à son fils de venir lui donner sa première paie. Motif cette fois : il économise pour son prochain pèlerinage à la Mecque. Mafoud n'a pas conservé un seul dirham de son premier salaire. Le suivant prendra à coup sûr la même direction...

Du vécu : « Balades Berbères »

Un groupe de six seniors, la soixantaine environ, sont venus passer une semaine dans le Haut Atlas pour randonner dans la nature. Camp de base : notre maison berbère à Afensou, entièrement rénovée pour l'occasion.

Une semaine sans accroc quelconque, marquée surtout, aux dires des randonneurs, par les rencontres avec les montagnards, les panoramas grandioses, les séances de hammam au feu de bois, les petits déjeuners variés, la gentillesse des accompagnateurs... et le dépaysement TOTAL.

Le pompon reste la participation à un mariage dans la famille de notre maçon. La soirée à laquelle nous avons assisté était celle des femmes. Les hommes dînaient donc sur les toits et regardaient passivement jeunes et vieilles pousser la chansonnette (toujours des louanges à Allah), tambouriner habilement sur les tables ou avec des bidons, sautiller dans des rondes rythmées dans la cour intérieure et rire des tentatives désespérées des Européennes de passage de communiquer avec elles. Pendant ce temps-là, la jeune épouse, 17 ans, n'en menait pas large à l'approche de la nuit nuptiale... C'est évidemment le père de la mariée qui a choisi son mari !

Un circuit évalué globalement à 9,5/10 : voilà qui donne du baume au cœur et du cœur à l'ouvrage !

Prochain circuit le 7 octobre : 6 personnes vont (ludiquement) s'affronter entre challengers dans l'Anti-Atlas au cours d'un circuit concocté sur mesure et intitulé « Le souffle des agadirs ». Au programme, 4x4 sur des pistes reculées, VTT dans des gorges, balades dans les palmeraies de montagne, jeux en bordure d'océan, défis dans des agadirs fantômes...

Suivra, immédiatement après, un circuit dans le désert pour quatre copines désireuses de se retrouver et de se ressourcer. Avec le programme concocté tout spécialement par Hors Circuit, elles ne devraient pas s'ennuyer...

Les premières intentions de circuit pour 2007

Après 2006 consacrée à l'installation et la définition de l'offre Hors Circuit, l'année 2007 doit marquer le début du développement sérieux de notre activité au Maroc.

Mon copain Jean-Louis et sa femme ont décidé de faire connaître le désert à leurs trois jeunes enfants lors des vacances de Pâques 2007. Des activités spéciales ont été prévues en conséquence pour divertir et intéresser les juniors. Un grand moment d'aventure familial en perspective.

Ma belle-sœur Sandrine a quant à elle convaincu son groupe d'amis d'organiser leur sortie annuelle ... au Maroc ! Huit nouveaux candidats à la découverte de Taroudant et ses environs montagneux dépaysants, prévus pour le mois de mai.

Et puis nos randonneurs du circuit de septembre semblent bien résolus à rempiler l'an prochain pour d'autres grandes suées en terre berbère.

Merci à eux pour leur confiance.

Les projets

Dans la logique des circuits proposés jusqu'à présent, nous planchons sur l'élaboration d'un challenge « Seul(s) au monde ». Que ce soit à la mer, à la montagne ou dans le désert, l'idée est de passer, seul, en couple ou en petit groupe, une semaine complètement déconnecté du reste du monde et de renouer, par la force des choses, avec les plaisirs simples de la vie... ou même avec soi-même !

Si l'idée vous plait, n'hésitez pas à nous informer de vos attentes et faire part de vos suggestions, pour nous permettre de peaufiner la formule.

Les derniers développements du dossier relatif à l’acquisition de la maison berbère

Notre escroc de vendeur cherche toujours par tous les moyens d'obtenir le solde de la vente sans pour autant fournir le moindre papier attestant de la propriété du bien vendu. L'escroc et son acolyte se tiennent à distance respectueuse mais continuent à agir dans l'ombre. Il semble toutefois qu'à force de persévérance dans nos relations avec les villageois d'Afensou et d'alliance avec les ennemis d'hier, des héritiers réclamant leur part, nous parvenons à isoler ces sombres individus.

Tout de même, il ne se passe pas de semaine sans menace de couper la piste d'accès à la maison, de réaliser une pétition contre l'emplacement de notre fosse sceptique, j'en passe et des meilleures. J'angoisse déjà à l'idée de quitter la région pour passer l'hiver en France sans contrôle de la situation ici...

Dernière minute

Ca y est ! Nous avons nos premiers clients issus de l'extérieur de notre cercle familial et d'amis. Un pur résultat de bouche à oreille, mon meilleur outil de marketing. Il s'agit de collègues d'amis d'amis de Rachel, un couple d'Anglais travaillant à Luxembourg qui ont planifié une semaine à Marrakech et cherchent à faire une excursion de quatre jours à travers l'Atlas jusque dans le désert. Hors Circuit a, semble-t-il été retenu au détriment d'une agence marocaine locale : YES ! C'est aussi la première fois que nous allons travailler totalement en anglais et à partir de Marrakech.

Le programme jusqu'à mon retour mi-novembre devient passablement chargé...

Offres d’emploi !

« Chef d'expédition »

Sans vouloir mettre la charrue avant les bœufs, je dois anticiper pour d'ici un an ou deux un probable goulet d'étranglement à partir du moment où mon planning se remplira et où je ne pourrai pas me couper en deux pour mener deux circuits en même temps en deux lieux différents. Le succès de cette activité repose essentiellement sur un niveau de qualité d'organisation élevé qu'aucun collaborateur marocain ne pourra me fournir. Je dois donc à terme trouver un bras droit européen pour diriger une partie de mes circuits.

Trois qualités indispensables : fiabilité / sens de l'organisation, capacité d'animation / bonne présentation, maturité / sérieux.
Alors, on ne sait jamais, si vous connaissez quelqu'un qui ne cherche pas à faire fortune mais rêve d'aventure et d'exotisme, filez-moi ses coordonnées !

« Traducteur français / anglais »

L'objectif pour 2007 est de proposer une version anglaise au site internet Hors Circuit. Bon, mon budget est encore relativement limité, mais si vous avez dans votre entourage une bonne âme qui pourrait se charger début 2007 de la relecture et des corrections de mon anglais imparfait, faites-le moi savoir.

*
* *

Voilà, ces nouvelles s'achèvent avec ces notes d'optimisme. La suite des évènements et une autre bouffée d'oxygène marocain pour courant novembre, après les circuits successifs.

Pour l'heure, c'est le ramadan. Qui chamboule ma petite vie par les difficultés d'approvisionnement (bon nombre d'échoppes restent fermées). Et qui étonne, quand je vois mes ouvriers bosser comme des forçats par 35°C sans boire ni manger de toute la journée...

Vos nouvelles, vos humeurs et vos idées sont toujours les bienvenues : à vos plumes, même pour deux simples lignes !

Ciao,

Luc