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Notre magazine
 
L’âme en peine !
Numéro 2 - 31 août 2006  

Imaginez un jour qui ne ressemble pas au précédent.
Imaginez tous les jours suivants, qui eux-mêmes ne ressemblent pas à ceux d'avant.
Le pied, non ?

Et alors on vous demande pourquoi vous voulez continuer alors que vous rencontrez les pires difficultés.

L’âme en peine !

Et là, vous répondez : ben justement, parce qu'on ne peut pas connaître l'issue du lendemain. Et c'est bien cela qui est excitant !

Aujourd'hui, j'ai été menacé de mort, failli recevoir une grosse pierre sur la tronche et crains de perdre la maison et le terrain dans lesquels j'ai mis toute mon énergie, ma passion, mes espoirs. Mais je compte bien ne laisser personne me les voler.

En venant ici, j'ai peut-être cherché la difficulté et l'ai bien mérité. Soit. Mais je n'étais pas préparé à l'esprit si mauvais de ces gens, à ce goût tellement réducteur pour l'argent, à ce degré de corruption. A ce niveau de vie primitive où l'on est prêt à manier le couteau pour faire valoir ses droits, à mentir de plus belle sous le couvert d'une calotte témoignant de son pèlerinage passé à la Mecque, à ces témoignages d'amitié uniquement destinés à investir dans un douteux rendement financier ultérieur.

Le Maroc est un Etat de non droit et seule la logique n'y est pas reine. C'est dans ce marasme que je dois me débattre.

Oui, je l'ai voulu. Oui, je l'assume. Non, je ne me plains pas. Non, je ne démissionne pas.
Pas encore. Pas encore.

J'ai déjà essayé de me révolter, d'en appeler aux plus hautes instances. Peine perdue. Ils sont tous corrompus. Jusqu'en haut lieu. Alors il ne reste pas d'autre choix que de jouer leur propre jeu, tenter de les prendre à leur propre piège. Mais ce sont de sacrés malins, habitués aux rouages de l'arnaque.

Moralité ? Je dors bien ! Si ! Car je n'ai rien à me reprocher et fais pour le mieux. Mais le jour, tous mes sens sont aiguisés, à l'affût des pièges tendus par tout mon entourage et chaque employé d'administration. N'essayez pas de l'imaginer : ça dépasse votre entendement et toute logique.

Chercher à acquérir une maison en pays berbère dans le Haut Atlas, ça revient à rêver de convertir Sadam Hussein au judaïsme. Et bonjour les dégâts : j'ai passé ma journée d'hier chez le Caïd et la gendarmerie, à porter plainte. Qui risque d'être jetée aux oubliettes à coups de bakchichs.

Le Maroc est un superbe pays, qui justifie ma détermination à poursuivre. La mentalité locale peut-elle en anéantir l'attrait ? Réponse, disons, dans un an ?

Des rêves et de leur réalisation

Pour l'avoir vécu à de maintes reprises, je me rends bien compte que la réalisation de ses rêves implique d'énormes sacrifices et des efforts colossaux. Mais quelle satisfaction quand les résultats tombent !

Je combats depuis des mois pour la possession d'une maison de pierres et de terre, mais qui abrite bon nombre de mes rêves. Bon, n'êtes-vous pas d'accord avec moi ? qu'il n'y a rien de mieux que d'aller au bout de ses aspirations ?

Ce bout de terre dans le Haut Atlas se veut être mon refuge. J'ai toujours rêvé d'un palmier dans mon jardin et enfin je l'ai. (Mais à quel prix ! Vous ne pouvez pas l'imaginer. Déterrer, transporter et replanter un arbre de deux tonnes lorsque des voisins jaloux vous envoient les gardes forestiers s'interposer... )

Mes deux autres rêves ? Une salle de bain à ciel ouvert, à la balinaise, et une piscine à flanc de montagne. D'ici un an.

Nous en reparlerons... Car d'ici là, les vautours guettent leur proie !

La moussem

Une centaine d'hommes forment un cercle sur la place du village, envahie par leurs femmes et leurs enfants, qui s'étalent également sur les toits de terre des habitations périphériques. C'est la fête annuelle de fin de moisson.
Pas un touriste en vue.

Les tambours, chauffés préalablement au feu de bois, rythment des danses saccadées, déhanchées. Très particulières. Rien n'a changé depuis cent ans, si ce n'est le microphone.

Les villageois accourent : le Français va parler ! Le français, c'est moi. J'ai décidé de tenter quatre phrases de remerciement en berbère, histoire d'amadouer ces rudes montagnards. Seul, face à mille paysans résolument racistes et plutôt primitifs. Ca passe... C'est toujours ça de gagné. Enfin, en suis-je sûr ?

Vous trouvez mes propos durs ? Que nenni ! Je vous ménage, même ! Le principe général, ici, c'est le sourire de face et le poignard dans le dos. Il faut s'y faire...

Alors vous allez me trouver vachement aigri... Non, pas du tout. Juste très réaliste. Ici, c'est tout simplement la loi de la jungle. Et tous les coups bas sont permis. Quitte à s'embrasser le lendemain. Pour mieux se trucider le jour suivant. Sans exagérer !

Nous sommes à des siècles lumière des métropoles d'Agadir et Casablanca...

Ruminant cet état de fait, je décuple d'énergie pour amadouer les villageois et persévérer sur l'ensemble de mes dossiers administratifs en suspens.

Non, je ne veux pas démissionner.
Pas encore, pas encore.

Inch’Allah !

La patience et l'insouciance de ce qui peut arriver le lendemain sont deux caractéristiques majeures du comportement marocain et deux qualités essentielles pour s'adapter. Deux traits que je ne possède pas...

On vous répondra invariablement : si Dieu le veut. Les rendez-vous ne sont pas honorés. Les travaux le plus souvent exécutés de travers. Les marchandises livrées de mauvaises qualité. Il n'y a aucun sens de la précision, de la qualité, du mieux faire, du long terme.

Ainsi quand je crois faire plaisir en faisant travaillant quelques gens du village, ce sont les autres qui, jaloux, font des problèmes.

Heureusement, j'ai un lieutenant plutôt très efficace, Saïd, qui soulage énormément mon fardeau logistique. Mais qui sait si son poignard n'est pas prêt à me frapper dans le dos demain (au sens figuré cette fois !) ?

Il me faut donc vivre avec ces inquiétudes permanentes et cette méfiance tous azimuts. Si après mon séjour en France en fin d'année, je reviens et retrouve mes biens, ce sera déjà à moitié gagné ! A moitié...

Afensou, paradis en enfer ?

Les autorités à Taroudant sont unanimes : de toute la « mentagua » (forêt montagneuse où se situe la maison), ce sont les habitants d'Afensou, tous issus d'une même grande famille descendant d'un illustre caïd, qui sont les pires et de loin. Voilà ma chance !

Alors que de loin, ce doit être l'endroit le plus agréable, idyllique pour séjourner. Quels panoramas ! Et l'eau, exceptionnellement pérenne et abondante au pied de la propriété. Puis, le soleil... depuis 6 mois, je n'ai connu que deux jours gris !

C'est qu'il se mérite, ce satané paradis...

De plus, je reste persuadé que c'est un intéressant pied à terre, pour un dépaysement total et original à juste deux heures de l'aéroport, ou une heure de Taroudant. Un bon moment en début ou en fin de circuit. Et certainement un lieu de repos ou d'activité unique justifiant un séjour plein d'une semaine. Les possibilités de randonnée, VTT, balade en 4x4 sont innombrables et j'adore repérer des escapades nouvelles et méconnues. La fréquentation touristique ? quasi nulle !

Repérages : quitte ou double

Partir plusieurs jours en repérage reste ce qu'il y a peut-être de plus grisant. Le principe est d'arpenter un maximum de pistes hors des sentiers battus dans un coin précis du sud marocain. A partir d'une simple carte routière voire même d'un carrefour relevé précédemment, j'engage mon Land, équipé pour une autonomie complète de 7 jours. Je relève les coordonnées GPS, les distances, et bien sûr les lieux remarquables, les emplacements de bivouac sympas. Mon imagination fertile fait le reste... Un hameau isolé où les gosses ne vous courent pas après ? voilà une halte « thé chez l'habitant » rêvée. Une ancienne citerne enterrée et effondrée partiellement ? voilà un refuge original en cas de mauvais temps.

Le repérage est indispensable au succès du circuit : il en est la source et en assure la sécurité.

Bien que cela reste approximatif : si les conditions climatiques changent (parlez-en aux challengers de l'Appel du désert en avril dernier...), une superbe piste peut devenir un cauchemar ! Une piste passable un mois peut devenir impraticable le mois suivant.

De même le désert si recherché recèle ses pièges : inondations qui vous immobilisent pour une semaine (hé oui, pas souvent, mais quand ça arrive...), vents sablonneux qui transforment l'idylle en calvaire, chaleur implacable qui vous abat toute la journée...

Voilà l'attrait du Maroc : sa diversité et ses incertitudes. Bon, d'accord, je parle en tant que Hors-Circuiteur. Peu d'aventures vous attendent durant un séjour à Agadir par exemple...

Ainsi ce repérage d'une simple journée fait avec ma sœur Paule sur des pistes partant du col du Tizi n'Test, qui permet de rejoindre Marrakech au nord. J'avais aperçu des pistes de loin et voulais savoir s'il n'était pas possible d'organiser une boucle combinant route panoramique avec pistes traversant des villages traditionnels isolés. A certains endroits, des éboulements rendaient la progression impressionnante. A un autre, des virages en épingle à cheveu en bordure de ravin nécessitent des réflexes de conduite précis et une mécanique fiable. Enfin, l'attention est mise à rude épreuve : la moindre distraction... paf, moi c'est un pneu qui a frôlé de trop prêt la paroi rocheuse et qui s'est complètement déchiré. Plus loin, un engin bloque le passage : il faudra plus d'une heure pour trouver une solution et les bras nécessaires...

Le repérage a ceci de particulier qu'on passe un bon bout de temps en 4x4 sur des pistes inédites, qu'on ne sait pas où l'on va vraiment et où l'on va bivouaquer. Et qu'à tout moment l'imprévu peut se manifester. Mais quelles sensations... donc quels souvenirs !

Si l'aventure vous tente, parlez-m'en car je propose désormais aux couples ou aux personnes seules de m'accompagner et de partager ces moments forts.

Pour les hyperactifs ou amateurs de fun, un nouveau challenge est né : l’Appel de la Montagne

Allez-voir sur le site Hors Circuit www.aventureshorscircuit.com, si cela vous interpelle. Le concept est cette fois un peu différent des autres en ce sens qu'on limite les déplacements à une région précise, fabuleuse et pratiquement vierge de tourisme. L'eau est omniprésente : l'un des objectifs étant justement de construire son camp sur l'eau et de s'affronter en joutes ludiques mémorables. L'ambiance est 100% berbère et vous êtes à des années lumière de votre quotidien européen et même du Maroc que vous imaginez.

Un Nouvel An pas comme les autres

Moi, j'en rêvais. Alors je me le suis composé moi-même et le propose à tous ceux que ça peut intéresser. Si vous voulez combiner vacances et Nouvel An, jetez un coup d'œil à ma rubrique « Circuits spéciaux » sur le site. Ambiance désert, nuitées dans les dunes sans personne d'autre que le groupe constitué, logistique conséquente pour assurer tous les menus plaisirs... Bon, c'est sûr, c'est plus cher qu'un resto mais à peine plus qu'un circuit normal !
Alors pensez-y et si ce n'est pas pour cette année, parlez-en autour de vous pour fin 2007 ! Ca serait un super moment à partager ensemble.

Dernière minute

Après avoir découvert que mon contrat de location (en arabe) de l'appartement à Taroudant était merdique, j'ai renégocié les conditions. Au terme d'engueulades et fielleuses réconciliations, et surtout après avoir déjoué les plans scabreux d'augmentations de loyer déguisées (je vous le dis, ils sont malins, quand il s'agit d'argent !), on est arrivé à un accord. Voilà-t-il pas qu'aujourd'hui ce ... (non, je ne le dirai pas, parce qu'il a été à la Mecque et est donc forcément respectable, voyez-vous) change encore d'avis. Donc je ne sais pas où je crècherai dans deux mois, juste en plein circuit soit dit en passant... Et comme je n'ai que ça à faire, régler les problèmes qui s'empilent...

Bon, je crois que ce soir, je vais me rererererererererereregarder la vidéo du « Gladiateur » (Jordan, si tu lis les aventures de Papa, tu me comprendras...).

Bon, à part ça, rien de neuf, non. La routine, quoi.

Voilà, c'est tout pour cette fois. Merci à ceux qui ne m'ont pas encore donné de feed-back de se manifester pour me dire s'ils souhaitent ne plus recevoir cette « newsletter » (tout le monde n'est pas obligé de prendre son pied avec les mêmes choses que moi !) ou si au contraire ça les intéresse.

Merci aussi, si vous en avez le temps, de me donner vos impressions sur le site internet, voire les circuits. C'est toujours enrichissant pour moi.

Merci encore plus de faire suivre ce magazine ou me communiquer les adresses de connaissances susceptibles d'être intéressées.

Bon, je sais que ce ne sont que les tribulations d'un Tromme en quête d'aventures (ça, c'est bon) et d'un job qui lui plaise (ça, c'est pas encore gagné, mais on y croit, on y croit !)... Les images sont pas aussi belles qu'avec Ushuaïa, mais côté authentisme... à vous de juger !

De toute façon ça ne vous dispense pas de me donner de vos propres nouvelles, d'ac ?

A plus,
Luc