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Notre magazine
 
La naissance de Karim
Numéro 17 - Septembre 2008  

Avez-vous choisi un prénom musulman ? me demande l'adoul. Le notaire coranique m'a pris par surprise. Il m'a tout d'abord fait réciter la profession de foi de l'Islam : « Ach adou anna, lah illaha, illala, woua ach adou anna, mohamed rasoul allah ». Il n'y a d'autre dieu que Allah et Mohamed est son prophète. L'un des cinq piliers de cette religion.

La naissance de Karim

Bon, moi je veux bien. Là-dessus, il se met en devoir de m'instruire les quatre autre piliers. « ... Et il y a le Haj, le pèlerinage à la Mecque, que l'on doit faire si l'on en a les moyens. » Là, je saute sur l'occasion pour lui demander, non sans malice, s'il a eu la chance de s'y rendre (sachant qu'il est pété de blé)... « Non, enfin, j'y songe pour bientôt... » Du coup, il passa à la facturation exorbitante de ses prestations, étranger que je reste oblige...

Me voici marié avec ma petite femme berbère. Je n'y croyais plus et n'en reviens toujours pas. Je ne vais plus vous ennuyer avec la description fastidieuse du marathon administratif qui a été le mien tant en Belgique, France qu'au Maroc. Et surtout ne cherchez pas à m'imiter ! Entre les documents jamais dans la bonne forme, dépassés en date, qui plaisent aux uns mais déplaisent aux autres, l'incompétence à tous niveaux, le machisme des magistrats marocains, le mépris envers les Berbères, mon estomac frôle l'ulcère et ma tête la crise de nerfs.

Au consulat général de Belgique à Casablanca, on me dit : « Ben vous en avez du courage ! » C'est dire...

A force de réclamer des documents débiles, j'ai fini par en falsifier certains : vous auriez dû voir comment ils étaient contents devant tous les tampons multicolores que j'avais scannés ! Au jeu de cons, ils ne gagneront pas toujours, croyez-moi !

Voilà donc mon identité encore un peu plus perdue. Je me présente, je m'appelle Karim. Mais je n'ai pas totalement changé pour autant...

Hafida et Luc forment assurément le premier couple mixte (comme on dit ici) dans la mentagua (l’arganeraie en montagne au sud du Jbel Aoulime). Aussi quand nous avons voulu malgré tout marquer le coup en invitant une dizaine de membres de la famille proche de Hafida pour célébrer l’évènement en attendant les festivités officielles de mi-novembre, c’est une trentaine de villageois qui ont envahi nos terrasses pour manger, danser et chanter, sans crier gare.

Un mariage berbère unique dans la montagne

Et le papa de Hafida a fait fort : il a marié ses deux filles aînées en une seule semaine. A la différence que la sœur Zara aura mis deux jours pour remplir ses formalités là où j'aurai galéré deux mois à temps plein. Qu'elle a conclu son mariage une semaine après la décision parentale là où nous aurons patienté une année entière.
Bien des marques restent à trouver entre Hafida et moi. En particulier en cette période de ramadan où elle veut se lever à trois heures du matin pour prendre son petit déjeuner et déambule comme un zombie toute la journée, les lèvres asséchées. Ou quand il s'agit de se mettre d'accord sur l'heure du repas le soir, qui affiche trois heures de décalage entre nos deux cultures !

Rendez-vous le 15 novembre à Afensou pour trois jours de festivités berbères...

Sahara : enfer ou paradis ?

Dérégulation du climat, effet de serre, lissage des saisons, hausse des températures moyennes, disparition des neiges éternelles en Afrique... Venez, comme la famille Macey, dans le désert au mois de juillet par un beau jour de canicule exceptionnelle et lorsque souffle le sirocco. Là, vous saurez vraiment ce que veut dire « Sahara » !
55°C à l'ombre et à l'abri du vent. Pas moins...
Dans ces conditions extrêmes, Sahara ne rime pas nécessairement avec plaisante balade à dromadaire quand dès huit heures du matin le soleil cherche à brûler la moindre partie de peau découverte. Ni avec excitante excursion dans le désert dès lors que le plus petit déplacement se transforme en chemin de croix et grosse suée. Ni avec exotisme lorsque la colonne d'un tourbillon vient soulever les pans de la tente nomade et recouvrir le prometteur tajine que Saïd s'échine à préparer dans des conditions toujours sommaires. Ni avec promenade de santé si la chaleur et les rayons UV ont tendance à transformer la moindre faiblesse sanitaire en indisposition majeure

Le circuit rêvé en bivouac sauvage dans l'erg a, par la force des choses, dû être sérieusement révisé. La tente cèdera la place à un hôtel confortable avec air conditionné, force palmiers et grande piscine pour pouvoir supporter les températures diurnes extrêmes. Les activités comme la promenade à dromadaire ou la visite d'une ancienne kasbah s'effectuent à l'aube ou en début de soirée. La découverte du désert profond se limite à une virée d'une demi-journée avec pour points de passage obligés tout puits pouvant permettre une douche à la bonne franquette et toute oasis susceptible d'abriter notre séance pique-nique.

Et pourtant la tournure infernale qu'aurait très bien pu prendre ce circuit fait oublier qu'il s'agit là de conditions uniques, comme pour montrer ce que peut être en fait le Sahara. Le vrai désert, c'est certes parfois subir une température élevée qui vous assomme au zénith et un vent torride qui vous fouette le visage, mais aussi faire une pleine provision de chaleur et de soleil qui font si cruellement défaut le reste de l'année. C'est peut-être à certains moments sentir sa gorge se dessécher au bout de quelques minutes, mais aussi retrouver le bonheur pur et simple des gorgées d'eau fraîche. De jour, le sable brûlant n'autorise pas l'ascension des dunes mais la nuit venue, par pleine lune, quelle sensation quand vous enjambez l'arête, vous laissez tomber dans les grains et levez les yeux pour contempler les myriades d'étoiles. A partir de dix-huit heures, les indigènes commencent timidement à sortir de leurs murs épais, la vie reprend dans le village qui vous a paru si tristounet et tous respirent enfin, leur accueil n'étant que plus chaleureux car votre présence en cette saison étonne...

Mais si ! Le désert en été peut aussi être synonyme de paradis. Pour avoir organisé cette année plusieurs circuits dans le Sahara pour des familles avec jeunes enfants, la découverte du désert en juillet-août est tout à fait faisable, mais requiert indiscutablement les conditions logistiques suivantes :
* un itinéraire fortement allégé et un programme d'activités étalé sur davantage de jours que d'ordinaire
* un hébergement avec piscine et air conditionné plutôt qu'un campement
* la nécessité de se lever tôt et se coucher plus tard, en accordant une large place à la détente et à la sieste en journée
* manger léger et proscrire l'alcool à midi, s'abreuver par petites gorgées sans discontinuer
* se limiter à de petites excursions matinales ou en fin de journée de une à deux heures englobant de préférence des arrêts à des sources, des puits, des oasis, dans des maisons épaisses ou des tentes ventilées
* prendre les précautions solaires maximales (couvre-chef permanent, baignade avec vêtements couvrants, crème solaire à indice élevé, etc.)

Une fois encore, au Maroc tout particulièrement, la nature garde le dessus et impose au voyageur de savoir s'adapter à elle. Une fois comprise la nécessité de repenser son mode de vie en vacances dans le désert et prises les précautions d'usage citées plus haut, le Sahara vous réserve des expériences inégalables même en plein été.

Mon fils en vacances au Maroc

Jordan a bien du mérite : il a lui aussi dû affronter des températures caniculaires, qui empêchaient exceptionnellement cette année l'organisation de bivouacs en montagne et de randonnées de découverte dans les environs. Tout au plus avons-nous eu la force d'explorer quelques pistes en quad, badigeonnés d'une épaisseur colossale de crème solaire !

Nos clients Capucine et Mathieu à Afensou en août

... avec leur fils de trois ans !

Ils parlent de nous…

Merci à Jacques des excellents guides de voyage Gandini, spécialisés dans la description des pistes intéressantes des pays du Maghreb. Extrait de son site internet et prochainement de son guide remis à jour :

Premier circuit dans le Sahara Occidental (anciennement Sahara espagnol)

Lieve, Tom et Paule recherchent l'inédit, l'authentique et le dépaysement. Le Sahara Occidental s'y prête à merveille.

Bien plus au sud que la Plage Blanche, mais pas vraiment plus loin que les ergs de sable traditionnels de Chegaga et Chebbi fréquentés par le plus grand nombre, s'étend une zone aride en bordure d'océan des plus curieuses et finalement fort diversifiée. Entre Tan-Tan et Laayoûne se succèdent des embouchures d'oued ensablées, des canyons à l'eau salée inattendus, des hectares de barkhanes ocres de toute beauté (dunes de sable isolées et mouvantes), des dépressions immenses et vierges, des lagunes où la pêche réserve de belles prises et surprises. Et davantage de dromadaires à l'horizon que de bédouins que nous aurions pu compter sur les doigts d'une main.

Voilà un circuit vraiment hors des sentiers battus comme je les aime !

Parmi les moments forts, relevons une épreuve ludique dans une vasque d'eau salée située en suspension à mi-hauteur d'une paroi calcaire au milieu de nulle part, la confection incroyablement réussie d'une galette de pain dans le sable sous le niveau de la mer dans la sebkha (dépression) de Tah, la prise par Lieve d'une grosse raie d'un mètre cinquante d'envergure dans la lagune de Knifiss, le bivouac inoubliable en surplomb de la cascade de Khawi Nam. Et puis ces moments d'isolement lointain partagés ensemble, loin des soucis de la vie quotidienne.