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La famille Aït Ahmed
Numéro 15 – 30 avril 2008  

Alors, tandis que Hafida développe à une allure impressionnante ses qualités de maitresse de maison d'hôtes, nous faisons un pari à long terme en misant sur son jeune frère, Morad, 14 ans. Après la sécheresse en début d'année, qui a causé la mort d'une bonne partie du troupeau, le papa Abdullah s'est résigné à vendre le reste de ses chèvres à vil prix. Et Morad, qui passait jusque là tout son temps à crapahuter dans la montagne pour garder les bêtes, s'est retrouvé désoeuvré....

Clin d’œil : le tremblement de grand-mère

- Hafida, pourquoi trembles-tu des mains ainsi et aussi souvent ?
- C'est à cause de ma grand-mère. Tu sais, quand elle est morte,
j'étais petite. Et toutes les femmes de ma famille pleuraient
beaucoup, criaient fort et me faisaient très peur.
A partir de ce moment là, toujours je tremble.

Morad, l’apprenti

Avec le développement progressif des activités à Afensou, il me tarde de renforcer l'équipe par des gens du cru, connaissant bien la montagne et les coutumes.

Alors, tandis que Hafida développe à une allure impressionnante ses qualités de maitresse de maison d'hôtes, nous faisons un pari à long terme en misant sur son jeune frère, Morad, 14 ans. Après la sécheresse en début d'année, qui a causé la mort d'une bonne partie du troupeau, le papa Abdullah s'est résigné à vendre le reste de ses chèvres à vil prix. Et Morad, qui passait jusque là tout son temps à crapahuter dans la montagne pour garder les bêtes, s'est retrouvé désoeuvré.

Morad a pour lui sa gentillesse, son calme et surtout sa jeunesse. Il saura écouter et apprendre d'Hafida, il marchera sur ses pas, et le français, il l'intégrera.

Clin d’œil : sagesse de la jeunesse


- Hafida, je suis désolé, je pense beaucoup trop,
je me torture toujours l'esprit.
Ca ne t'arrive jamais de te tracasser, toi ?

- Luc, moi je suis quelqu'un de tranquille.
C'est comme tu vois dans une bouteille vide.

Abdullah, le gardien

Alors que le décès de ma maman me rappelait en catastrophe en Europe, des voleurs continuent à sévir dans cette haute vallée. Ils s'en sont pris pour la deuxième fois à l'école en période de congé scolaire, à une habitation en construction non gardée et... à notre maison.

J'imagine sans peine l'attrait que représente notre demeure, avec tout son équipement et ses promesses de butin sans aucun rapport avec les quelques ustensiles de l'école et outils de la maison voisine.

Ainsi, en mon absence (remarquable par celle de tout 4x4 à proximité), deux sombres individus se sont immiscés par les toits jusqu'à l'étage supérieur... où dormaient Hafida et Abdullah. Fort heureusement, celui-ci a été réveillé par les bruits d'infraction, a saisi plusieurs pierres et a coursé les intrus sur une bonne distance en leur lançant les projectiles.

Je pense que ce n'est que partie remise. Plusieurs mesures de sécurisation ont été mises en œuvre : le remplacement de certaines portes en bois par des équivalents en fer, l'allumage d'une lampe chaque nuit dans des endroits différents, le rehaussement de certains murs, une demande d'autorisation pour la construction d'un mur d'enceinte... Cette nuit encore, un roulement de pierre m'a tiré de mon sommeil : nu comme un ver, j'ai empoigné ma machette et arpenté tous mes toits au clair de lune. Imaginez l'horreur des cambrioleurs s'ils rôdaient aux alentours !!!

Clin d’œil : l’extérieur et l’intérieur

- Hafida, je crois que tu ne m'aimes plus, je suis dans la
douche et tu ne me regardes même pas !

- Mais, Luc, je te regarde tout le temps dans mon cœur...

Rachida, Zara, Fatima et cie

Saïd et Mohamed étaient absents, partis en circuit dans le désert. Et pourtant j'ai cru bon de dire oui à l'organisation d'une journée berbère à Afensou pour un groupe de ... dix-neuf personnes. Une initiative de mon amie Sibyl de Taroudant, qui se demandait tout de même à quelle sauce ses clients allaient être mangés...

C'est bien connu, dans la difficulté, on se sert les coudes et on appelle la famille à la rescousse. La sœur Zara au pain, la cousine Fatima à la vaisselle, le frère Morad au service, le père Abdullah au barbecue et la maman Rachida au thé. Tout était préparé la veille, précuisiné dans la mesure du possible. Un sacré challenge !

Les trempettes berbères comme je les appelle (huile d'argan, huile d'olive, hamelou, miel, olives, noix) puis les brochettes de poulet aux fruits semblent avoir beaucoup plu. Les balades sur les pistes du Haut Atlas et dans les jardins de notre oasis ont fait également merveille. L'ambiance berbère, due en grande partie à la simplicité et la gentillesse de tous les membres de ma belle-famille a parachevé le dépaysement.

Clin d’œil : le dur apprentissage du français


- Hafida, je t'aime, tu sais ?

- Moi aussi, je m'aime...

Sylvie et Fatima

Ces deux amies de longue date ont voulu renouer avec les racines de Fatima en découvrant un autre Maroc et une autre façon de voyager, plus proche des gens et de la nature.

Encadrées par Saïd et Mohamed, nous les avons baignées dans l'ambiance sauvage de la Plage Blanche, entre dunes et vagues et au bon milieu des pêcheurs de Fort Aoreora.
Puis elles sont venues se resourcer dans notre maison montagnarde, sensibles au rythme de la musique berbère de nos amis villageois, au ronronnement du feu qui crépite dans l'âtre, à la chaleur du soleil lors du pique-nique dans les gorges de Tamdousnous, à la dextérité de la tante de Hafida lorsqu'elle émonde les noix d'argan, à l'accueil naturel des membres de ma belle-famille dans leur humble demeure.

Le retour de Théo

Le meilleur ami de mon fils Jordan est revenu à Afensou, cette fois en compagnie de toute sa famille. Il leur en avait tellement parlé ...
Noé, le benjamin (7 ans), a tout de suite trouvé ses repères ! Le monde berbère lui sied à merveille : gambader au bord de l'oued, attiser le feu de camp, pêcher les escargeots d'eau, manier les tiges de bambou... La télévision, jamais il ne l'a réclamée !
Théo, 11 ans, ne s'était pas trompé. Il apprécie visiblement cet environnement et compte bien encore revenir l'an prochain. La randonné musclée en haute montagne, le bivouac à la belle étoile, les plongeons dans les vasques du torrent, les parties de foot endiablées avec les gamins du village, ça lui convient parfaitement !
Que dire de Camille qui a pu fêter ses quatorze ans au son des tambourins frappés par tout ce que nos amis berbères comptent comme musiciens ? Notamment notre voisin super gentil Ali, qui assure le transport de tous nos matériaux et également... l'animation de nos festivités ! Une belle soirée inoubliable sous le palmier, en toute simplicité et convivialité. A l'inverse de ses frères, ce qui a plu à Camille, ce sont davantage la paisibilité des lieux pour s'adonner à la lecture, la rencontre avec la famille et les villageois dans leur élément naturel, les préparations culinaires typiques, la séance de henné, etc : une toute autre vie, un peu hors du temps, et tellement loin de sa réalité quotidienne.
Gilles et Laurence, leurs parents, ont dû apprécier ce bien-être : tout en pouvant eux-mêmes profiter de balades pédestres et en VTT sur mesure, leurs enfants se défoulaient sous l'œil attentif de Hafida, Mohamed et Morad.

Pour ma part, c'est toujours une énorme satisfaction de voir des connaissances proches d'hier apprécier ma nouvelle vie d'aujourd'hui. Je suis convaincu qu'ils ont saisi eux aussi la magie de cet endroit. Et que peut-être ils comprennent un peu mieux mes choix...
Alors que le soleil se couche paisiblement sur les reliefs toujours féériques du sud marocain, je médite sur ma nouvelle situation administrative.

Au niveau des facilités de communication téléphonique et internet dans ma haute vallée, les choses avancent « chouia chouia » comme on dit ici. Je traduis pour les non initiés dans ma langue d'adoption (le berbère) « imik imik » : petit à petit. En clair, cela signifie que la batterie solaire de l'émetteur récepteur pour gsm (téléphone portable pour les puristes) qui avait été volée a été remplacée, qu'un garde a été affecté au poste et que la liaison sera opérationnelle le mois prochain. Côté internet, le débit promis n'est que de 56 Ko... Ouais, imik imik !

Sur le dossier de l'agrément de transport touristique, destiné à donner à Hors Circuit de nouvelles autorisations pour l'organisation de circuits à bord de véhicules neufs, la constitution de la nouvelle société dédiée progresse au rythme marocain : une panne informatique bloque depuis trois semaines la production de la patente fiscale nécessaire au dépôt des statuts. Mais peut-être que cet après-midi, si Dieu le veut... Ouais, chouia, chouia !

En ce qui concerne l'obtention d'un agrément d'exploitation de maison d'hôte pour notre demeure d'Afensou, le Caïd affiche sa confiance et son intérêt : le taux de fréquentation touristique des vallées dont il a la charge est en hausse et cela va influencer sans aucun doute sa promotion. Aussi me fiche-t-il la paix. Là-dessus, il me remet la liste des documents à réunir pour l'obtention dudit agrément. Le Roi entend faire du tourisme l'industrie numéro un du pays. Certes... mais la série de papiers à fournir, tous en dix exemplaires légalisés, est à décourager le plus acharné des investisseurs ! Comprenne qui pourra.

Du côté de la propriété juridique de ma maison berbère, la situation semble évoluer positivement avec la signature imminente d'actes plus sécurisants auprès d'un notaire coranique. J'apprends parallèlement que Ahmed, le vendeur de mon terrain, a terrorisé Hafida en me menaçant pour la deuxième fois de mort si je ne lui versais pas le solde de la vente... Sur conseil du Caïd, je vais porter plainte non plus à la gendarmerie mais directement auprès du procureur du Roi. Terminée, la plaisanterie... Une demi-heure après que le fameux Ahmed ait été informé de mes intentions, j'ai retrouvé deux clés de cadenas cassées net dans la serrure de contact de mon quad. La trêve est déjà finie !

Nous voilà donc avec le quad immobilisé à l'autre bout de Taroudant. Nous mettrons une heure à pousser l'engin à travers toute la médina pour le mettre en sécurité dans mes garages. Le temps presse, des clients sont attendus ce soir à Afensou.Mais le temps aussi nous oppresse : la canicule s'est abattue sur la région et le thermomètre dépasse allègrement les quarante degrés au soleil. Comble de malheur, pas un transport en commun n'est en partance pour Afensou. Résignés, Hafida et moi entamons l'ascension des vingt kilomètres de piste nous séparant encore de la maison, en plein cagnard, en souliers de ville, avec l'ordinateur portable sur le dos et sans eau...

Cela fait maintenant deux heures que nous nous efforçons à mettre un pied devant l'autre et longtemps que nous ne prononçons plus un mot. Soudain, j'éclate de rire, car je me souviens alors que nos clients, de bons randonneurs, nous ont dit qu'ils viendraient chez nous... à pied ! Cruelle ironie que de devoir cavaler après eux de la sorte.

Puis amère déception à l'arrivée à notre domicile en fin d'après-midi : point de clients. Un tel effort fourni en vain...
Vers 19 heures, au moment même où je renvoie Hafida et son papa à leurs quartiers, nos clients pointent le bout de leur nez. Ils sont finalement venus en voiture, car, parait-il, il faisait trop chaud. A peu de chose près, ils auraient pu nous prendre en stop !

Je craque...

Restons-en là si vous le voulez bien pour ce numéro-ci et à très bientôt, pour la suite de ces (més)aventures !

Hafida et Luc