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Notre magazine
 
Into the wild !
Numéro 24 – septembre 2009  

Au même moment où les emmerdes se reposent (après tout, ce sont les grandes vacances pour tout le monde), notre petite famille se consolide, nos amitiés avec nos clients se développent, notre équipe s'étoffe, nos moyens logistiques se renforcent, nos affaires prospèrent. Serait-ce le bonheur que je ne distingue pas et dont je ne prends pas le temps de profiter ?

Into the wild !

Au même moment où les emmerdes se reposent (après tout, ce sont les grandes vacances pour tout le monde), notre petite famille se consolide, nos amitiés avec nos clients se développent, notre équipe s'étoffe, nos moyens logistiques se renforcent, nos affaires prospèrent. Serait-ce le bonheur que je ne distingue pas et dont je ne prends pas le temps de profiter ?

Epris de voyages et d'aventures, c'est en fait sur les pistes reculées que je revis. Alors que la majorité des internautes demandent et redemandent du Marrakech, de la Vallée du Drâa, des Gorges du Dadès, du Merzouga, parce que ces hauts lieux touristiques apparaissent en gros et en gras dans le Routard ou le Petit Futé, nous fuyons ces sites surfaits pour orienter nos clients vers des lieux d'exception où la nature domine et le tourisme de masse est tenu en échec. Là on l'on se sent tout petit devant des paysages grandioses méconnus. Là où à chaque passage l'on reste ébahi devant le spectacle offert. Là où le calme et l'authenticité permettent de se retrouver soi-même. Certainement pas là où tout le monde va ! Et tant mieux...

Aussitôt un circuit terminé, un trou apparu dans le cahier de commande, nous préparons encore et toujours nos bagages pour de nouvelles découvertes en 4x4, en quad et à pied, cette fois en famille. Notre jeune fils sera autant nomade que moi, l'affaire est entendue. Au menu de ces deux derniers mois, la découverte d'une piste bordant la frontière algérienne en zone désertique, très au sud de nos circuits habituels. Un repérage musclé de différentes voies d'accès au mont Siroua culminant à 3300 m ainsi que de toutes les pistes avoisinantes. Le relevé systématique de toutes les pistes traversant la zone de l'Erg Chegaga à l'occasion d'un programme de formation de nos chauffeurs.

C'est bel et bien en bivouac sauvage, sous tente, auprès d'un feu, en pleine nature qu'Hafida et moi sommes les plus heureux. Into the wild...

 

Evelyne, en solo

Eve avait besoin d'oublier, de s'évader, de se retrouver. Aussi de renouer avec la nature et avec la solitude.

Première étape

les vastes étendues sauvages et sablonneuses de la Plage Blanche.
Nourdine, mon beau-frère en charge des petits travaux à la maison, tenait là sa première occasion de découvrir le sud du Maroc et l’organisation de circuits. Malgré sa carence en français, il s’est montré d’une grande aide pour la gestion des bivouacs, voire même la confection du pain quand nous nous aventurions en zone inhabitée.
Alors que le reste du pays se desséchait par 50°C à l’ombre, le climat maritime de l’Atlantique a rendu notre escapade en plein Sahara Espagnol absolument supportable en plein mois d’août !
Tandis que nous déambulons dans un labyrinthe de barkhanes à la recherche d’une sortie improbable, ces dromadaires affichent un flegme inébranlable.
D’immenses dépressions ensablées et salines imposent respect, méditation et contemplation. Bivouaquer en leur fond, sous le niveau de la mer : le pied !

Mustapha, nouveau collaborateur Hors Circuit

Père de famille et connaissance de Kamal, Mustapha a travaillé pour feu le Club Med de Laayoune. Sa polyvalence professionnelle et son français fluide en font un collaborateur de choix dans notre équipe. Après une formation Hors Circuit de conduite dans le désert et d’orientation, il conduit déjà l’ensemble de nos 4x4 avec prudence et s’avère un accompagnateur apprécié de nos clients.

Repérage dans le Jebel Siroua

Le moins qu'on puisse dire est que nous n'y allons pas par quatre chemins ! Jugez-en plutôt...

A peine ses deux premiers mois révolus, voilà notre Haicham parti avec Papa et Maman en repérage dans le Jebel Siroua, un massif au sud du Haut Atlas s'étendant entre les villes de Taliouine et Tazenakht et culminant à 3300 mètres. Une initiation dès le berceau aux joies et difficultés du bivouac sauvage en pleine nature...
Au Siroua, les dernières pluies ont bien raviné, rendant la progression pénible, voire impossible. Les détours se chiffrent en dizaines de kilomètres laborieux...
Toutes les pistes que nous arpentons sont des cul-de-sac, autant de bases de départ pour diverses ascensions des multiples cimes du massif du Siroua. Avant l'austérité minérale des hauts plateaux, nous nous délectons des amphithéâtres de cultures en terrasses et de l'architecture berbère locale.
Faute de temps, je n'ai pas pu rechercher au préalable sur internet les coordonnées exactes du mont Siroua que je cherche à escalader. Mon objectif consiste en effet à élaborer un nouveau trek d'altitude dans cette splendide région, qui passerait par le sommet et emprunterait différentes hautes vallées d'accès. Et comme je n'ai pas vraiment envie de m'encombrer des services d'un guide local qui me gâcherait mon plaisir de la découverte et de l'aventure, me voici lancé dès le premier jour en solitaire sur les chemins muletiers à l'assaut du pic majeur du Siroua.
Notre camp de base est établi en bout de piste, aux abords d'un superbe village de maisons de pierre flanqué d'un amphithéâtre de cultures en terrasses verdoyantes. Altitude de départ : 1800 mètres. Alors que les silhouettes de ma petite famille deviennent de petits points dans le vide derrière moi, je m'élève rapidement vers les hauts pâturages et vallons non habités et seulement fréquentés par des bergers et leurs troupeaux. J'ai pu effectuer un relevé gps approximatif du sommet, mais cela reste tout de même imprécis de plusieurs kilomètres ! Et j'ignore tout de l'aspect physique de ce colosse ! On va donc se la jouer « inch'allah »...
Parti un peu tard vers 13h, je force l'allure vers une cime élevée qui pourrait bien être ma cible, quoiqu'à quatre kilomètres à vol d'oiseau de mon relevé. Qu'à cela ne tienne, on va se la faire vite fait bien fait. Facile à dire ! Les dernières centaines de mètres de dénivelé vont m'exténuer, la progression étant encore rendue plus pénible par les éboulis barrant l'accès au sommet. Une fois en haut, wouah ! Quel panorama à 360° s'étale à mes pieds, quel univers minéral se déroule à mes yeux !
Je consulte rapidement mon gps : altitude 2900 m. Ce n'est pas le Siroua... Lequel doit être plus que probablement la montagne que j'aperçois plus au nord-ouest, bien dans l'axe de mon relevé théorique.

Deuxième jour du repérage. Comme je suis rentré la veille au camp en éclairant ma descente en lacets à l'aide d'allumettes, je m'équipe de façon plus conséquente et repars dès les premières lueurs à l'attaque de mon objectif. Etant donné l'alourdissement de mon bagage et l'effort supérieur qui m'attend, j'entreprends l'ascension des mêmes sentes de façon plus pondérée. Qui va piano...

Je déniche un autre itinéraire, bien plus bucolique, le long d'un torrent jalonné de jardins et de bergeries. Ici je maraude une pomme, un coing ; là, je soulage mes plantes de pieds dans l'eau fraîche et claire de l'assif. S'ensuit la traversée plus pénible d'une gorge étroite, avec plusieurs ramifications inquiétantes. Autant de pertes de temps en perspectives et d'échecs dans ma mission ! La première sera finalement la bonne, ô joie, mais ô malheur, pour me retrouver, certes sur un beau haut plateau d'alpages, par contre nez à nez avec une paroi a priori infranchissable formant un cirque montagneux impressionnant. Utilisant tout mon maigre vocabulaire tachlahid, je me fais indiquer la voie à suivre par une jeune femme berbère lavant son linge dans un ru. Une longue grimpette m'attend, sous le regard narquois de chèvres agiles. 2600, 2700, 2800... Ca n'en finit plus de monter et toujours pas de sommet caractéristique en vue. Et là encore, il me faut à plusieurs reprises opter pour une direction afin de contourner un obstacle (barre rocheuse, ravin, etc.). Inutile de vous dire que le parcours n'est guère fléché et que les sentes de chèvres filent dans toutes les directions. A 3000 mètres, si la destination n'est plus équivoque, les doutes par contre m'assaillent sur mon aptitude à franchir les dernières centaines de mètres de dénivellation. Mes arrêts sont de plus en plus fréquents. Les jambes sont solides, mais l'air me manque. Le souffle me fait défaut. Est-ce l'altitude ? ou est-ce que je paie mon effort d'hier et ma mauvaise nuit de sommeil ? J'en viens à viser un rocher caractéristique à quelques dizaines de mètres sans plus regarder vers les cimes et me cramponne à ce point de mire pour m'y laisser choir de tout mon poids. Tout au long de l'ascension, j'ai égrené sur le parcours tantôt une bouteille d'eau, tantôt une ration de nourriture, tantôt un équipement dissimulé sous les pierres, histoire de m'alléger.

Puis l'horizon finit par ne plus être obstrué par aucune masse rocheuse proche et par dégager un panorama (que choisir comme qualificatif puisque mon souffle est coupé depuis déjà bien longtemps ?), disons époustouflant. Le cadran du gps affiche 3300 mètres d'altitude. Mission accomplie.
Il reste tout de même encore à entamer la longue descente, soit un deuxième dénivelé de 1500 mètres sur la même journée...
Ce soir-là, dans les chaumières enfumées des pasteurs du Siroua, hommes et femmes au visage buriné par le soleil et le vent commenteront de façon assez incrédule leur brève vision d'un Européen probablement à moitié fou courant comme un dératé par monts et par vaux en direction des terres basses...
Les pieds en compote et les genoux en feu, j'atteins tant bien que mal Tizgui avant la tombée de la nuit. C'est mon jour de chance : l'inclinaison du soleil illumine les cascades de champs en terrasses et même l'agadir exceptionnel du village, niché au fond d'une petite gorge obscure dans un pli de la montagne.
L'ensemble du repérage sera du même acabit : pistes hallucinantes s'enfonçant loin et haut dans le massif, panoramas grandioses et étranges à la fois, folles courses pédestres parmi les pains de sucre du Siroua, bivouacs paisibles avec vues imprenables...