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Adieu 2006, bonjour 2007 !
Numéro 6 - 28 février 2007  

2006 a été l'année de l'installation au Maroc. Logiquement l'année la plus pénible. Choc des cultures, découverte des spécificités locales, confrontation de la réalité par rapport aux attentes, impatience de parvenir et réussir, gestion éprouvante des difficultés imprévues... On ne sort pas le même d'une année passée à se bagarrer sur plusieurs fronts en même temps et dans un autre monde !

Fin 2006 : sensations au retour du Maroc

2006 a été l'année de l'installation au Maroc. Logiquement l'année la plus pénible. Choc des cultures, découverte des spécificités locales, confrontation de la réalité par rapport aux attentes, impatience de parvenir et réussir, gestion éprouvante des difficultés imprévues... On ne sort pas le même d'une année passée à se bagarrer sur plusieurs fronts en même temps et dans un autre monde !

Et cela faisait huit mois que je n'étais pas rentré en Europe...

Il me faudra deux mois pour m'en remettre ! Pour retrouver mes marques, prendre le recul nécessaire, recharger les batteries. Pas moins de deux mois !

De retour à mon domicile en France, j'avais la sensation d'être un martien, redécouvrant des choses qui m'étaient pourtant banales un an plutôt. Ecarquillant les yeux comme un touriste visitant pour la première fois un autre continent ! Perdu dans un rythme de vie totalement différent et décalé de la réalité européenne.

Sur l'autoroute, je croyais rouler à une vitesse supersonique alors qu'on me faisait des appels de phare pour avancer plus vite. Quand j'ouvrais le frigo, je le refermais aussi vite, déjà repu rien qu'à la vue de la profusion d'aliments riches venus des quatre coins du globe. Au moindre rayon (rare) de soleil, j'ouvrais grandes les fenêtres alors qu'il faisait moins de dix degrés à l'extérieur. Dans un magasin, la caissière était surprise que j'engage la conversation avec elle tandis que dans un autre je regardais avec amusement un client s'impatienter.

Difficulté à reprendre un rythme régulier, la montre au poignet : j'oublierai plus d'une fois (honte à moi) d'aller chercher mon fils Jordan à l'école !
Difficulté à partager un vécu et des sensations si particuliers avec mes proches, donc sentiment d'isolement et de solitude.

Car en définitive, je suis devenu à moitié marocain pour bien des aspects comportementaux, à force d'être immergé parmi eux aussi longtemps d'affilée. Pour m'être frotté à eux, je suis probablement devenu plus dur, un peu comme un rude Berbère de la montagne. A l'inverse, pour les avoir côtoyés, je me suis un peu humanisé car le maghrébin ne vit pas replié sur lui-même mais vit avant tout en communauté.

Deux mois pour reprendre pied...

Evolution du dossier d’achat de notre maison berbère à Afensou

Pour mémoire, nous avions réussi à acheter à bon prix une maison traditionnelle dans le Haut Atlas, entourée d'un terrain qui s'est avéré appartenir à tout le monde et à personne. L'année précédente a été empoisonnée par nos vaines tentatives de régularisation des papiers de propriété dans une région où règne l'absence de loi, l'abus d'autorité, l'influence de filous de tous bords. Intoxication, coups bas, ruse, traîtrise, mensonge, extorsion de fonds sont les armes contre lesquelles il nous fallait combattre, quitte à devoir jouer le même jeu...

Aujourd'hui, nous sommes parvenus à expulser de la maison et à tenir à distance notre malhonnête et dangereux vendeur, tout en nous mettant le Caïd de la région plutôt de notre côté et en mettant a priori hors d'état de nuire le principal escroc local qui conseillait et soutenait le vendeur tout en aliénant les villageois contre nous.

Nous ne désespérons pas d'obtenir le titre foncier définitif qui nous garantira la pleine propriété du terrain, car l'argent achète tout, absolument tout.

Dans l'intervalle, nous veillons à la sécurité de la maison. Pendant mon absence l'hiver, mon bras droit Saïd a passé la majeure partie de son temps à Afensou, en compagnie du gardien Mafoud et du maçon à temps plein Abdullah. L'équipe de surveillance s'est renforcée encore avec l'arrivée de Laura, un berger allemand de pure race qui tient les intrus à bonne distance. Par ailleurs, nous prenons possession du terrain en poursuivant l'aménagement de chambres supplémentaires et de terrasses d'ornement : au Maroc, contrairement à l'Europe, celui qui construit devient propriétaire du terrain qui ne lui appartenait pas à l'origine... Enfin, nous multiplions, dès que le temps nous le permet, nos actions de séductions envers les villageois : distribution d'un colis cadeau avec de l'huile, du sucre, du thé, de la poudre à lessiver aux familles nécessiteuses, raccordement de l'école à notre château d'eau, distribution de vêtements et fournitures scolaires apportées par nos clients et amis.

Pendant ce temps, nous apprenons tantôt que notre vendeur en est venu aux mains avec le Caïd en personne au sujet de notre dossier (ils sont fous ces Berbères !), tantôt que son frère habitant le même village continue à voler copieusement ses voisins en toute impunité (un paquet de cigarettes par ci, des pains de sucre par là), ou encore que cette famille est poursuivie en justice pour avoir à nouveau vendu, cette fois à un Marocain du coin, un terrain dont elle n'avait pas la pleine propriété !

L’équipe en place

Au Maroc, peut-être plus qu'ailleurs, nul ne sait de quoi sera fait le lendemain. C'est d'ailleurs bien la mentalité arabe de ne pas se soucier de l'avenir et d'accepter avec une résignation naturelle le temps qui passe. Un gouffre de cultures si l'on pense à notre comportement occidental impatient et cartésien. Trouver de nouveaux collaborateurs qui comprennent et s'adaptent aux exigences de ponctualité et de qualité de service dans notre entreprise Hors Circuit n'est donc pas une mince affaire.

Ainsi il a fallu nous séparer récemment de notre gardien Mafoud à Afensou, que Saïd, mon bras droit, a surpris en train de se droguer et d'acheter sa matière première à un dealer dans le village. Notre maçon Abdullah a été promu à sa place, sa fille Hafida assurant le ménage avec efficacité.

Nous avons par ailleurs employé à plein temps Rédouane, un jeune de 29 ans posé et parlant très bien le français. Et sommes à la recherche d'un autre chauffeur ainsi que d'un nouvel assistant d'ici la fin de l'année pour étoffer l'équipe et pouvoir répondre à la demande de circuits qui commence à émerger via internet.

Les jours sans…

Le temps passe ici pour nous à une allure folle ! Tant il y a à faire, tant il faut tout surveiller, tant tout ce qui est simple peut devenir très compliqué... Citons deux journées infernales, bien représentatives de l'aventure folle que constitue notre installation au Maroc.

Début février, des pluies violentes se sont abattues sur le Maroc. Pas un toit en terre dans tout le village n'a résisté aux infiltrations d'eau, nécessitant des réparations de fortune de dernière minute, l'installation de grandes bâches sur les toits, des retouches de peinture nombreuses... Simultanément, des oiseaux voraces ont pris goût au tuyau en polyéthylène qui amène l'eau de la source au château de notre maison, causant en cascade le tarissement de notre citerne, l'encrassement du chauffe-eau et le mal fonctionnement des douches. Tout cela juste deux jours avant l'arrivée de nos premiers clients en février !

Fin février, alors que nous raccompagnons nos amis à Marrakech au terme d'un séjour dans le désert, tout s'est mis à déraper d'un seul coup, mettant nos nerfs à rude épreuve. Le Defender 110 s'est mis à fumer violemment, pour ne plus parvenir à avancer alors qu'il restait encore 300 km à parcourir : turbo foutu ! On parvient à faire venir illicitement, contre quelques billets, un « grand taxi » pour prendre nos clients en charge, mais sur la route la police m'arrête... pour avoir dépassé la ligne blanche centrale en évitant un gros camion qui se déportait sur la gauche : un bakchich règlera le problème. Puis c'est le Defender 130 qui s'est mis à trembler anormalement. La piste cassante empruntée au sortir de la région désertique a été fatale ; sur deux journées nous constatons les dégâts suivants : pneu arrière droit déchiré, demi-arbre de pont arrière gauche usé, écrous de roulement du pneu avant droit desserrés et pneu avant droit crevé par pincement. Une fois à Marrakech, le taxi qui transportait une partie de notre groupe s'est perdu, puis c'est notre hôtel a cherché à changer les modalités de réservation convenues, créant d'interminables discussions.

Mais il est coutume de dire qu'au Maroc, tout finit toujours par s'arranger... avec le temps !

Et les jours avec !

A l'arrivée de nos premiers clients à Afensou, l'hiver a cédé la place à un printemps radieux. Sept retraités, formant un groupe fort sympathique, sont venus se ressourcer une semaine dans l'Atlas au fil de randonnées à la journée sur des crêtes panoramiques et dans des hautes vallées encaissées, parfois vertigineuses.

Ici, pas un touriste ! Mais une population berbère accueillante et chaleureuse, des terrasses d'amandiers en fleurs et des oasis de montagne verdoyantes, la chaleur du hammam au feu de bois et l'odeur alléchante de nos tajines sur braseros à la maison, des rencontres inattendues au détour d'une sente et au pied de cimes enneigées... Par monts et par vaux, nos seniors, âgés de 55 à 72 ans, se sont affranchis, de longues journées de marche durant, des nombreuses difficultés du terrain : progression en équilibre sur des canaux d'irrigation, traversée de torrents, ascensions violentes en plein cagnard, épines redoutables des arganiers jonchant le sol...
Leur verdict ? Un dépaysement noté 9/10 et une sérieuse intention de revenir soit à Afensou pour les uns, soit dans le désert pour les autres.

Puis ce fut au tour de mon ami Hubert et de sa compagne, avec leurs cinq enfants, de s'aventurer « hors circuit » sur les pistes du désert. Une formule « challenge » mettant en douce compétition les jeunes de 8 à 16 ans au travers d'activités et de jeux multiples.

On retiendra certainement : l'enterrement réussi d'Agathe dans le sable, la balade à dos d'âne de Pierre, le combat à la farine dans les dunes de Hubert, les nuits à la belle étoile dans le sable de Arthur, l'endurance de Léonor dans les courses poursuites, les frayeurs de Bénédicte sur les pistes vertigineuses du Haut Atlas et... la défaite de Victoire !

Malgré les nombreux kilomètres jusqu'au désert depuis Marrakech, les enfants ont tous manifesté leur intérêt de revenir, surtout à Afensou. Un circuit de plus coté 9/10.

Le mythe du désert

La plupart des demandes de circuit sont systématiquement focalisées sur les avancées sahariennes du Maroc. Le mythe du désert semble avoir encore de beaux jours devant lui.

Or, qu'est-ce que je constate souvent après chaque circuit ? Le regret des participants de ne pas avoir passé plus de temps dans la montagne, l'envie de revenir pour connaître les autres régions trop rapidement traversées.

Comment convaincre le touriste ou l'aventurier d'opter plutôt pour un séjour à la montagne au Maroc ??? C'est vrai, ça n'a rien de sexy sur le papier, mais dans la réalité il y a unanimité pour dire après coup qu'un tel circuit est bien plus intéressant, varié et dépaysant !

Non, le plus beau du Maroc n'est pas au désert !

L’eau, bienfaits et nuisances

La nature conserve encore au Maroc un grand pouvoir sur l'activité humaine. Tous les cinq ans environ, mais de plus en plus rarement au fur et à mesure du dérèglement du climat, des pluies diluviennes gonflent les oueds qui, en crue, causent la rupture des grands axes routiers et l'effondrement de nombreuses maisons vétustes.

Certains d'entre vous ont connu, lors de nos circuits, le bourbier d'un désert sous eau alors qu'à l'opposé il peut être plaisant de se doucher, de façon tout à fait inattendue, dans un trou d'eau d'une oasis ou un puits au milieu de nulle part.

L'Anti-Atlas souffre peut-être le plus de la sécheresse : pas assez élevé pour connaître la fonte de neiges et trop au centre et au sud pour profiter d'un climat tempéré. Les habitants de cette chaîne de montagnes méridionale survivent grâce à la construction de citernes de collecte d'eau de pluie. L'irrigation est souvent impossible, les récoltes sont uniques et l'eau une denrée rare et précieuse.

En contraste total, dans le Haut Atlas, l'emplacement de notre maison juste au-dessus d'une source pérenne à Afensou est unique (et les voies qui ont conduit à nous y installer demeurent bien impénétrables...). Cette exceptionnelle abondance de l'eau, au pied de cimes de plus de 3000 mètres, nous permet de cultiver tout ce qui est imaginable : orangers, bananiers, figuiers, pommiers, vignes, tous les légumes, des fleurs à profusion. C'est un petit paradis sur terre en puissance !

Bien irrigués, les jardins d'Afensou restent verdoyants toute l'année et demeurent un lieu de promenade paisible idéal, à l'ombre des oliviers.

On me dit souvent : pourquoi veux-tu y construire une piscine ? Il y a une myriade de vasques et de cascades dans l'oued juste en bas ! Quelques kilomètres à peine en face, dans l'Anti-Atlas, les paysans galèrent avec si peu d'eau...

Mais lorsque les ondes se déchaînent, la vie en devient très vite perturbée.

J'ai déjà mentionné plus haut l'angoisse des pluies de début février qui ont mis à mal les constructions de terre et de pierre locales. Il convient aussi de signaler la fréquente perturbation des transports dans la montagne : qui dit averse, dit éboulements, passages boueux infranchissables, accidents mortels. Des villageois m'ont raconté qu'une certaine année, ils avaient été bloqués pendant plus de 3 semaines avant de pouvoir rétablir le contact avec Taroudant !

Alors quand on me demande à combien de kilomètres de Taroudant se trouve notre maison d'Afensou, je réponds souvent en heures de trajet ou encore en possibilité ou non d'y accéder et d'en redescendre !

Oui, je crois que l'eau est certainement l'élément le plus important de la vie ici, conditionnant fortement succès et échecs de notre installation et de nos circuits.

Nos objectifs pour cette deuxième année

Pour perdurer, il nous faudra cette année doubler notre chiffre d'affaires, ce qui semble d'ores et déjà en bonne voie d'accomplissement. Pour nous développer, nous devons également réussir à trouver de nouveaux clients via le récent référencement de notre site internet : nous venons d'enregistrer une première réservation ferme et les demandes d'information et de prix commencent à tomber. De façon plus générale, un effort particulier va être fourni sur le plan marketing pour nous faire connaître du grand public d'une part et d'autre part favoriser la publicité par bouche à oreille.

Au niveau des enjeux, il s'agira de poursuivre la régularisation juridique de la propriété de notre maison berbère à Afensou et entretenir de bonnes relations avec les villageois et autorités locales.

Enfin, nous allons poursuivre les repérages de nouveaux circuits, le renforcement et la formation de l'équipe, l'obtention d'un agrément pour un troisième 4x4 à acheter et la construction de deux nouvelles chambres avec salle de bain privative à Afensou.

Le calendrier à venir

Après un bref retour en Europe début mars, nous emmenons un couple découvrir le Lac Iriki et l'Erg Chegaga. J'accueillerai ensuite des vieux copains à Taroudant et Afensou fin mars.
Puis c'est toute la famille de mon pote Jean-Louis qui vient en avril tenter l'aventure du désert avec ses trois jeunes enfants et en compagnie de Jordan Tromme junior ! Fin avril est prévu un repérage dans le lointain sud, du côté de Laâyoune.
Début mai, un groupe de huit adultes vient se frotter à l'organisation Hors Circuit pour leur voyage annuel entre amis.
Pas de quoi chômer...

A votre carnet d’adresses !

Comme la meilleure publicité est la vôtre, vous seriez sympa de me communiquer l'adresse e-mail ou même postale de connaissances qui pourraient être intéressées par un séjour au Maroc ou tout simplement par suivre le récit de notre installation au Maroc (car eux-mêmes connaissent peut-être des gens qui etc, etc...). Nous intégrerons ces coordonnées dans la liste de distribution de la présente « newsletter ». Merci à vous d'avance.

Luc